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Heure d’été

à nos actes manqués

27-03-2011

Comme vous n’êtes pas sans le savoir, je suis un grand sportif : je nage, avec palmes, et je cours, avec peine.

Ainsi, j’ai participé, l’année dernière, à la descente de la Seudre. Et puis, d’autres bricoles, comme le Combiné rochefortais ou la Transplage, et la descente de la Charente, de Tonnay-Charente à Rochefort, l’année dernière. Quatre compètes en trois ans : c’est bien, pour quelqu’un de mon âge.

Pour être honnête, je dois préciser que l’année dernière, j’avais prévu aussi de participer à la descente de la Boutonne : forfait pour cause de bronchite, aux 6 km des Sables d’Olonne : forfait pour cause de bronchite, et à nouveau la Transplage : trop loin, et j’étais bronchiteux.

Parce que voilà : un rhume ou un microbe, un grain de pollen pas catholique qui se balade sur le département, et c’est pour moi. Ça commence en rhume, et ça dégénère systématiquement en bronchite, qui peut durer trois semaines à un mois, jusqu’à ce qu’on tape dessus à grand coup d’antibios et cortisone, jusqu’à la prochaine quinze jours de répit après. Ajoutez à ça que je travaille au quotidien environné de vingt-et un êtres humains en miniature n’ayant pas encore construit leur système immunitaire, soit une trentaine de narines qui coulent en permanence (« KEVIN ! Ta main devant ta bouche quand tu tousses... ») et vous aurez une idée de ce que peut être mon calvaire.

Le pire c’est d’avoir à parler, entre deux quintes. On calcule son inspiration, pour que toute la phrase passe sur l’expir, on dilate les narines, on équarquille les yeux (avec mes paupières de cocker je ne vous dis pas la tête que ça me fait) et on se lance : Bla bla bla bla teuh teuh teuh teuh. Effort considérable, tout ça pour s’entendre répliquer : « Non mais tu pourrais pas parler sans tousser ? C’est énervant à la fin ! »

Donc, aujourd’hui, c’était la descente de la Boutonne, organisée par mon club, en plus, l’évènement à ne pas rater, surtout que ça fait trois ans que je zappe, pour cause de bronchite (en mars, aussi, quelle idée...)

Cette fois, j’ai anticipé : première alerte de rhume (mieux qu’une alerte, la bonne bronchite asthmatiforme, avec les poumons qui sifflent et glougloutent comme une canalisation d’eaux usées bouchée), direct chez mon médecin préféré. Pas laisser pourrir la situation, à dix jours de la Boutonne. Antibios, cortisone. Yes, ça va mieux. Sauf que dès les antibios finis (mardi soir) c’était reprise de volée, et toux sèche à n’en plus finir. Là intervient le sirop, auquel je n’avais pas encore touché parce que je ne toussais pas. Mais on avait prévu.

Donc pas frais. Et puis ça fatigue aussi. Mais bon, trois années de suite, plus l’année dernière les 6km des Sables et la Transplage dont j’avais imprudemment annoncé aux copains du club, que j’y participerais, et où je ne suis pas allé, j’aurais l’air de quoi cette année, si je ne fais pas la Boutonne. Je vous le demande un peu.

Sans grand enthousiasme quand même. Parce que, voyez-vous, j’aime bien, dans les bouquins de spéléo, les histoires de bain forcé dans l’eau à trois degrés, de remontées de puits sous des cascades glacées. Mais bien au chaud, dans mon lit. C’est à ça que servent les récits d’exploration et de voyage : à faire rêver au fond de leur lit ceux qui ne partent pas, et n’exploreront jamais autre chose que les rayons du Super U.

Alors, la Boutonne en mars, 13° ou 14°, même avec la combine, bof. Mais bon. Bien décidé j’étais, bronchite ou pas bronchite, le sac prêt dès la veille au soir, avec même une paire de palmes de rechange des fois qu’une sangle me lâcherait sur les grandes palmes en fibre (ça m’est arrivé une fois, en pleine mer, entre Groix et Lanester ; c’est embêtant parce qu’avec une seule palme on tourne en rond, tu te souviens, Barnabé ?)

Levé aux aurores (7h30), déjeuner seul avec le chien dans la maison endormie, pour être à 9h sur place — 30 minutes de route.

Je prends le temps quand même de sortir le chien, passer à la boulangerie, et là j’entends deux mémés échanger leurs impressions sur le le changement d’heure. Le changement d’heure... Bon sang, on n’a pas changé d’heure ! « Quelle heure est-il, au fait (Teuh, teuh) ? — Neuf heures et demie — Ah, je devais être à Saint-Jean à neuf heures (Teuh, teuh) — Ça va être difficile. »

Bon, faut pas exagérer non plus, hein. Déjà, nager dans la Boutonne et respirer au tuba avec une bronchite carabinée, c’est pas raisonnable. Si en plus demain c’est au point que je ne puisse pas aller au boulot, ça serait du dernier ridicule, d’être arrêté après avoir fait le con dans la rivière la veille.

En fait, c’est plutôt bien, et ça m’arrange drôlement, qu’on ait zappé le changement d’heure. J’ai envoyé un SMS aux copains. Demain lundi, médecin, et je n’irai pas non plus à la piscine. Avec un peu de chance, quand je reviendrai ils auront oublié et ne me chambreront pas trop. Mais j’ai des doutes quand même là-dessus.

Et puis, il y a encore les 6km des Sables en avril, et là, bronchite ou pas bronchite... Non mais !

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