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Bunker

01-04-2011

Texte écrit par Claire Dutrait, pour Urbain, trop urbain, qui invite sur son site mon propre Bunker dans le cadre du projet des vases communicants : « le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. »


Berlin je me souviens. Les images de toutes les pierres, ramassées, posées, triées, rangées classées parmi les éclats. Les silhouettes entre les rues des ruines et les barres de fer du béton toujours armé et ce bunker auquel ils n’ont pas eu droit. La peur hors du bunker, la peur des Berlinois.

Elle entend le mot bunker pour la première fois sur une plage grise, comme les peaux de crevettes qu’elle enfonce dans le sable, après en avoir mangé les œufs et les pattes et le sable sur les doigts. Le ciel large et bas et les herbes sur les dunes deviennent le paysage de ce mot en K.

Berlin je me souviens. Les échos froids de la ville emmurée. Un mur qui barre la ville vous vous souvenez. Un mur de la peur à l’intérieur, un mur à l’extérieur pour chaque berlinois, et pour qui déjà — un mur à renverser sauf pour le bunker et les bombes des constructeurs, des constructeurs de bunkers.


Photo J. Bon

Les cubes de béton renversés avec la marée haute jusqu’aux aux tiges de fer à l’intérieur — c’est plus tard. La vieille ligne de front égrène les traces des rêves d’adolescents. Graphes, pisse et sperme à l’intérieur du bunker. Les pieds dans l’eau, elle imagine l’espérance salée, celle des débarqués, sous les doigts le gros grain du béton désarmé.

Berlin je me souviens. Les cicatrices dans la ville, avec le plâtras de vert par-dessus le béton cassé. La bile en vertige et le goût amer au fond des dents devant la mascarade des belles barres de vert. Car derrière, la friche, les herbes et la terre en ruine industrielle. Derrière c’est la zone, le zona sous la peau, la politique de réunification. Le bunker est encore là.

Photo couleur : M. Joedicke

Messages

  • réflexion idiote : en voyant la photo du bas, remisant dans un coin de cervelle la ruine en noir, et avant de lire, j’ai pensé au mur onéreusement feuillu du parking qui surmonte nos halles. Maquillages de nos villes