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Afiosa

Là-bas si j’y suis

13-07-2011

Je peux bien le dire, de toutes façons ça se saura, même si on aimerait aussi que ça reste le jardin secret : je fais partie depuis quelques jours de tous ces enfoirés de privilégiés, qui outre la chance d’être propriétaire de leur habitation, ont l’indécence de l’être d’une résidence secondaire. Et en plus, de n’en avoir aucun mérite, juste la chance d’avoir des parents nés avant : eux avaient trimé dur pendant des années, pour se payer ce rêve d’une maison, modeste, à la mer. Un luxe quand même, bien que ce mot je pense, n’ait jamais fait partie de leur vocabulaire, et encore moins leur environnement.

Rêve qui m’est revenu sans rien avoir demandé, et que j’ai revendu, sans état d’âme : cette maison à la mer, je n’y étais pas attaché. Mes souvenirs d’enfance sont ailleurs ; et de mes vacances d’ado, je garde surtout le souvenir des heures à rêver sur la plage, de prospection sur les lapiaz et d’explorations spéléo, en regardant passer les bateaux. Et finalement, puisqu’on parle d’héritage et de transmission, le plus important n’est peut-être pas la transmission de murs, mais bien celle du rêve. En ce sens, je n’ai fait que le déplacer de quelques kilomètres sud/sud-ouest, le jouet du Père. Juste des regrets pour mes enfants et neveux, car cette maison à moi indifférente, contenait une belle part de leur enfance à eux. Je comprends ça.

Le mien de rêve, mon château en Espagne, se trouve au fin fond du pays Basque, dans la commune la plus haute, et reculée de la Haute Soule. Un pays souvent noyé dans le brouillard, couvert de forêts criblées de dolines et de gouffres, et profondément entaillées de canyons mystérieux. Au pied des grands espaces karstiques tourmentés de la Pierre.

C’est tout au fond de la commune, bien après l’église et son cimetière qui sont déjà un bout du monde. Après l’embranchement du GR10 qui grimpe vers la Pierre, à travers Arphidia puis les bois de Leche.

Enfin, un château en Espagne, c’est beaucoup dire. Parce que si l’Espagne est effectivement à quelques minutes de vol de vautour, c’est pas exactement un château quand même. Juste une grange, sur le modèle de toutes les autres ici : quatre murs en pierre, un toit en tôle ; la bergerie en bas, le foin en haut. Avec deux prés en pente. Tout ça, cadastré sous le nom de Grange Afiosa. Quand j’ai demandé ce que ça voulait dire en Basque, Afiosa, on m’a dit : « Afiosa... Oh... Y’avait bien un chanteur dans le temps, qui s’appelait comme ça. Sinon, ça veut dire : perdu, loin de tout, à l’abandon. Quand on dit c’est Afiosa en parlant d’un endroit, on a tout dit. Et autrefois il n’y avait pas de route, pour aller à cette grange ». L’équivalent basque du Diable Vauvert, en quelque sorte.

Je crois vraiment qu’il en va des maisons, ou des bâtiments, comme des bateaux : on ne doit pas en changer le nom, ça porterait malheur. Ça aurait été Notre rêve ou Sam Sufi, sans doute je l’aurais changé quand même, le nom. L’abri côtier, à la limite, aurait eu un certain sel, si loin de la mer. Villa « Mon Cul » en d’autres lieux et d’autres temps ça n’aurait pas été pour me déplaire non plus.

Mais non, décidément, Afiosa, c’est très bien comme ça. Il n’y avait pas d’autre nom possible, ni même d’autre lieu, en fait.

Messages

  • " Maisons de famille, bêtes à chagrin", disait ma mère. Moi, homme de la mer, je la regrette la petite maison de mes grands parents de Croix de Vie, qui fut un des lieux privilégiés de mon enfance, et j’en ai beraucoup voulu à mes parents quand ils l’ont vendue. Quant à " Villa Mon Cul", je vois que Monsieur a des restes de culture "Fontévalesque", du temps ou Ph. Val était encore de gauche ... et drôle. Je lui avais envoyé ce mot, auquel il n’a bien sûr pas répondu. J.B.

    Mon cher Philippe

    Alors, ça y est ? Tu vas être nommé Directeur de France Inter par ton pote Jean-Luc ( du moins c’est ce qui se dit dans les couloirs ) ? Ben mon vieux, quelle promotion ! Quelle ascension ! Te souviens - tu du temps où tu militais du côté de la gauche libertaire, dans les années 70/80 avec ton complice Font ? On ne ratait pas vos spectacles quand vous passiez dans le coin. Vous nous avez fait pisser de rire à Nantes, La Roche, Fontenay le Comte...Qu’est-ce qu’ils ont pris dans la tronche, les militaires, les journalistes et les politiciens, surtout ceux de droite ! Et vos disques ! On les a tous : " On s’en branle"," A Connarland", "ça va chier", "Liberté, Egalité, Vos papiers" ...Quelle liberté de ton ! Quelle insolence ! Quelle rigolade ! On attendait la sortie de "Charlie Hebdo" pour se régaler de vos articles ravageurs . C’était avant que tu lâches ton pote à cause de ses démélés avec la justice. C’est beau, l’amitié ! On a continué à acheter "Charlie", avec moins d’enthousiasme au fur et à mesure que le ton de tes éditoriaux se radicalisait . On se disait : "Mais qu’est-ce qui lui arrive ? " et on continuait à t’écouter sur Fr Inter le lundi soir, dans l’émission de J.L. Hess,justement, ton nouvel ami, beaucoup moins sulfureux et beaucoup plus présentable que L’autre. Et puis on a arrêté d’acheter "Charlie", après ton éditorial défendant le projet "Giscard" de Constitution européenne, et qui traitait de "mal-comprenants" ceux qui ne partageaient pas ton avis, qui bien entendu était le seul possible ! Toi, tu étais suffisamment intelligent pour voir que ce projet était notre seul recours et que voter contre, c’était aller contre le progrès et notre propre intérêt . Ben voyons ! Le NON l’a emporté, et le projet est quand même passé . Tiens ? tu ne t’es pas offusqué de ce déni de démocratie !!!
    Il ya eu l’ "affaire" Siné, le procès ridicule que tu lui as intenté...et perdu . Je croyais que tu étais un fervent défenseur de la liberté de la presse. Toi aussi tu vois des antisémites partout ? Et, plus récemment, ta "sommation" à Daniel Mermet, à propos de Serge Halimi . Tu as sans doute raison, voilà deux journalistes assez peu "politiquement corrects". Tu es toujours vivant, preuve que le ridicule ne tue pas . Te voilà devenu, toi, "politiquement correct"...et sarkosiste de surcroît ! Il ya 20 ans, ce type, tu l’aurais déglingué . On ne gagne pas à vieillir . Ou alors, c’est que toi aussi tu aimes les honneurs, le pouvoir et le fric, comme bien d’autres ex-gauchistes dont les couleurs se sont progressivement délavées, du rouge au rose, puis du rose au blanc ! Que vas-tu faire de "Là-bas si j’y suis", l’émission de Mermet, cet autre libertaire sexagénaire qui, lui, est resté fidèle à ses convictions ? On ne va tout de même pas boycotter France Inter, la seule radio qu’on écoute, à cause de toi ? Tu avoueras que passer de la gauche libertaire à la droite réactionnaire moralisatrice, c’est une sacrée métamorphose. Il faudra que tu nous expliques le processus . Connaissant ton talent, je ne doute pas que tu trouves des arguments convaincants et que tu arrives une fois de plus à nous faire passer pour des cons .
    Allez, salut, mes amitiés à Carla. J.Braud le 12/05/09