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Matin calme

15-02-2006

Matin calme. Habiter un estuaire, c’est un peu comme au vivre au bord d’une rivière, mais aussi de la mer, tout en n’étant ni l’un, ni l’autre. C’est comme une grosse rivière, mais boueuse, et qui coule un coup dans un sens, un coup dans l’autre... Alternativement marée basse ou haute, avec des petits et grands coefficients, comme la mer, sauf qu’en face c’est pas l’Amérique mais des prés à vaches et ragondins. Oui je sais, ça vous le saviez déjà plus ou moins j’enfonce des portes ouvertes.

Comme à la mer il y a aussi des instants et lumières magiques. Depuis deux jours c’est grandes marées, vent et pluie, temps pourri. La rivière, ou la mer, enfin le fleuve, est monté sur les marais, a débordé sur les quais, on a retrouvé des roseaux sur les trottoirs. Et bien sûr la boue.

Hier matin juste avant que ça commence le vent et la pluie, le fleuve s’était stabilisé à marée haute, plus rien ne bougeait ça donnait l’impression que tout était arrêté. En temps normal c’est déjà un moment toujours étonnant toute cette eau immobile qui retrouve presque un peu de limpidité. Hier c’était spécial avec un ciel très chargé, et un dernier rayon de soleil avant que la tempête ne s’installe, et on sentait bien que c’est ce qui allait se passer, que ce soleil était aussi fragile que l’immobilité de l’eau et du ciel. Dans cette lumière les pierres du vieux pont vibraient comme en harmonie tout ça ressemblait à un vieux Kodachrome.

Moi je partais juste au boulot, je me suis arrêté aussi un moment pour regarder et prendre l’air du temps, puis rentré dans la maison. Pas de pellicule dans le Nikon (parce que j’ai décidé de le ressortir cet appareil, et fini cette semaine le film qui était dedans depuis un an), je me suis rabattu sur le petit numérique dont pour une fois, les batteries n’étaient pas vides ou la carte pleine.

Juste une photo, avec les vilains silos du port dans le coin, pas fait exprès c’est pas très précis comme viseur (mais j’ai gardé de mes années de photographe pour principe de ne jamais recadrer, comme Cartier-Bresson...) Le temps de retraverser la rue, le soleil était parti, le fleuve commençait à redescendre, cinq minutes après c’était la grêle et depuis il pleut.

Pont matin