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À cinquante ans c’est plus prudent.

26-09-2013

Chronique d’un sportif ordinaire, et néanmoins cinquantenaire.


Ça fait longtemps que je n’en ai pas parlé ici, mais en fait, je suis un mec vachement sportif.

J’ai fait comme ça la Transplage de Perros-Guirrec. D’accord, j’étais un peu plus jeune. Mais je m’en souviens très bien.

Puis, le Combiné rochefortais en pleine crise existentialo-conjugalo-maniaco-dépressive et après une nuit blanche. Là j’en ai bavé.

Puis les 20km de Rochefort, ceux des Sables d’Olonne, la traversée de la baie des Sables, et autres petites sauteries.

Et enfin le Marathon de Berlin, que du bonheur. Je dis pas ça pour frimer, juste pour dire. Et puis, oui, j’ai eu cinquante ans cette année.

C’est vrai en revanche que l’année dernière, j’ai mis un peu le sport en standby pour cause de déménagement, tendinite récalcitrante, apprentissage de la dure existence de père célibataire, chaussures de courses fatiguées et pas de sous pour en racheter des bien. Et ajoutez à ça que j’étais amoureux et pour cela souvent dans le TGV (ça va toujours bien de ce côté, merci).

Avant-hier, travail toute la journée à la maison devant l’ordi, envie de bouger le soir, j’ai repris le footing. 30 minutes, tranquille, nickel.

Ce soir, grand jour : je reprends les entraînements piscine, natation, monopalme et tutti quanti que j’avais laissé tomber l’année dernière. Mais pour ça : il faut un certificat médical.

Habituellement c’est facile : rendez-vous avec mon généraliste préféré et ami, tu vas bien, tension, auscultation, respire, respire plus, tire la langue, monte sur la bascule, pouls, trente flexions, remets tes chaussures, et on se parle de nos vacances ou nos exploits sportifs passés ou futurs, et les douleurs qui vont avec. Et je ressors avec le Sésame : « pas de contre-indication apparente à la natation et la course à pied en compétition ».

Manque de bol, aujourd’hui le médecin et ami était en vacances, et c’était une remplaçante, tout à fait charmante et compétente.

Ça commence comme d’hab, tension (13/8, impec), auscultation, pouls, trente flexions, re-pouls (mais elle m’a pas pris le pouls après récup’, ce que fait toujours mon doc. Moi je monte assez vite en fréquence à l’effort, je le sais, mais je récupère très vite aussi). Balance : 60kgs (pour 1m75), soit 2kgs de plus que sur la mienne, comme d’habitude aussi.

Et c’est là où ça a commencé à se gâter :

— Vous avez déjà fait un électrocardiogramme ?
— Euh, oui, quand j’étais pompier volontaire, on m’avait trouvé un petit souffle au cœur, j’ai fait électro, et même un doppler, tout était normal.
— Ah, moi je n’ai rien entendu d’anormal, mais ce serait bien d’en faire un nouveau, parce que là, vous avez cinquante ans, quand même. Bon, je vous fais quand même votre certificat mais il faudra le faire. Il y a longtemps que vous avez dosé votre choléstérol ?
— Euh... Mon choles... je sais pas... Mais vous savez je suis donneur de sang, mon sang il est analysé à chaque fois, si ça n’allait pas on me le dirait...
— Mais ils ne cherchent peut-être pas le cholestérol. Ah, c’est dans votre dossier. C’est pénible, avec ces médecins, y’en a pas deux qui rangent les choses de la même façon. Bon, vous l’avez fait en 2009, pas du tout de cholestérol, et même du bon cholestérol. Mais ça serait bien de le refaire, comme vous avez cinquante ans.
— Bon.
— Tant qu’à faire, je vous mets aussi un dosage pour la prostate. Vous savez, il ne faut pas y accorder trop d’importance, parce qu’on peut avoir un dosage élevé et pas de cancer. Mais c’est une indication et à cinquante ans il vaut mieux s’en assurer. Et puis, bon, je ne vais pas vous sauter dessus, là maintenant tout de suite, mais quand votre médecin sera rentré, pensez à lui demander un toucher rectal, il n’y a que de cette manière qu’on peut détecter une prostate (j’ai oublié le qualificatif utilisé, c’était un gros mot bien médical). Et puis vous avez cinquante ans.

J’ai failli lui dire qu’il y avait effectivement un antécédent de cancer de la prostate dans la famille, un grand-père adorable qui en est mort, le mois dernier à 102 ans. Enfin, mort de ça ou autre chose, à 102 ans va savoir. Et puis c’était côté belle famille, la belle famille 1.0 en plus, alors je ne pense pas que ça se transmette comme ça. Et que moi, ça ne m’affole pas plus que ça, la perspective de mourir du cancer de la prostate à 102 ans. Mais j’ai pas l’esprit vif, ni le sens de la répartie, j’ai juste fait un « Gron » du genre de ceux de mon chien quand il se couche et qu’il a trop chaud.

C’était pas fini.

— Je vois dans votre dossier que vous êtes sujet aux bronchites asthmatiformes ?
— Ah oui, je suis un peu fragile de ce côté-là. En plus je travaille en petite section maternelle, toujours au milieu des nez qui coulent, et puis je vais beaucoup à la piscine, alors je m’enrhume facilement et souvent ça tourne en bronchite.
— Vous avez encore de la ventoline ?
— Euh, non, le dernier tube je l’ai jeté il était périmé, je n’en ai jamais besoin... (souvenir d’une blague de mon Doc à moi que j’aime : « — Tu sais, tous les sportifs de haut niveau sont asthmatiques. — Ah bon ? — Ben oui, la preuve ils prennent tous de la Ventoline, c’est donc qu’ils sont asthmatiques... »
— Ah ben quand même, ce serait bien d’en avoir avec vous, si vous faites du sport (sous-entendu : et puis vous avez 50 ans). Vous avez votre carte vitale ?
— Ben, euh, non... J’étais en retard, je suis parti en vitesse et j’ai oublié mon portefeuille.
— Bon, ben vous repassez demain, ou je vous fais une feuille à envoyer à la sécu. Je vais prendre votre règlement.
— Ben oui, mais justement, c’est que j’ai oublié mon portefeuille, vous voyez.
— Ah oui, c’est juste. (À cinquante ans, on peut avoir de ces absences)
. Bon, ben vous repasserez demain.
— Non, ça sera tout à l’heure, parce que je dois récupérer la voiture au garage, pour le contrôle technique, vous comprenez.(encore un p. de certificat, elle marche impec ma voiture).

Je suis sorti de là en pé-tard. Envie de lui envoyer à la figure que je vais bien, que je fume pas, ne bois pas ou si peu et du bon, que depuis que les enfants sont partis je me nourris comme un moine cistercien, qu’avec le chien je marche une heure et demie par jour, que j’habite au deuxième et que ça ne me pose pas de problème de monter l’escalier en courant, que ma prostate fonctionne comme au premier jour, et que son ECG, son cholestérol et son oucher rectal elle pouvait aller se les faire faire elle-même chez qui elle voulait.

Mais je ne suis pas comme ça. Je suis repassé une heure après, lui ai fait mon plus beau sourire en amenant ma carte verte, ma carte bleue, et me jurant bien que la prochaine fois je demanderai à la secrétaire si c’est bien le Doc qui est là, ou sa remplaçante — à l’école c’est pareil, si je m’absente une journée, avec les remplaçants c’est le bordel.

Les belles ordonnances ont vite trouvé leur place juste : dans la pile de papiers dite « à classer », celle que je classe une fois par an l’été, et qui va direct dans le bac jaune. Le tri, c’est facile.

Et pis je m’en fous, j’ai mon certificat, ce soir piscine, tralalala.

P.-S.

  • Je n’avais pas lu avant d’avoir écrit ce billet, la lettre de ma charmante remplaçante au cardiologue : je vous l’adresse compte-tenu de son âge bien que l’examen soit tout à fait rassurant... Ouf, me voilà effectivement rassuré.
  • Deux petits liens en passant, avec un grand bonjour et merci à Martin Winckler :

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