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M. Christophe

26-11-2013

Syndrôme de Bashung : pour moi, c’est découvrir les artistes en apprenant leur mort. Avant qu’il n’ait cette mauvaise idée, je ne connaissais de lui que Gaby et ne m’en suis jamais remis.


C’est parti d’un échange sur Facebook avec une copine expatriée au Vietnam, qui se réjouissait d’aller voir Johnny (notre représentant national en lunettes) en concert là-bas. L’ai un peu taquinée parce que c’est bien une idée qui ne me viendrait pas davantage à moi, que d’aller écouter Mireille Mathieu ou Enrico Macias, que je mets un peu dans le même sac des monuments nationaux aussi pourvus d’âme que le Trocadéro. Ce à quoi elle m’a répondu : « Ah ben non quand même, tiens, on a eu Christophe aujourd’hui, je n’y suis pas allée, pas désespérée à ce point ! » Sur quoi moi j’ai rétorqué que non, Christophe, pas touche, authentique artiste et musicien, respect. Et on s’est mis d’accord sur le fait que les goûts et les couleurs, hein...

C’est le problème avec Christophe : il a écrit Aline, et du coup la plupart des gens le confondent du coup avec Richard Anthony, Hervé Vilard et Herbert Léonard réunis.

Moi je savais bien que non, qu’il n’était pas ça du tout, parce que j’avais entendu une émission de radio où il parlait en musicien passionné, disant notamment qu’il avait un synthétiseur ARP Odyssey dans chaque pièce de sa maison. Rien que pour ça, respect.

Mais en fait, moi qui faisais si bien la morale à la copine, qu’est-ce que j’en connaissais, des chansons de Christophe, lesquelles j’étais capable de citer ? Ben... Les mots bleus, et puis... Les mots bleus... et Aline. Démonstration du vieil axiome sur les rapports étroits entre culture et confiture. Je savais juste que Christophe vivait entouré de synthétiseurs ce que toute personne ayant eu 15 ans dans les années 80 devrait avoir également comme rêve absolu.

Mais ce n’est peut-être pas non plus entièrement ma faute : Youtube, Deezer et cie, c’est pas si vieux que ça. Il y avait bien le disque, rappelez-vous, ce truc rond qu’on mettait dans un espèce de grille-pain. Mais pour acheter le disque, il fallait connaître, et d’une, et avoir des sous, et de deux. Et comme à la radio il passe peu, le Christophe, et à la télé encore moins. Ou bien c’est encore pour Les mots bleus ; et comme en plus je n’ai pas la télé...

Alors aujourd’hui, pris de remords et de honte, je suis parti à la découverte de Christophe.

N’ai pas été surpris vraiment : sa voix fait partie de notre inconscient collectif, et je le savais musicien passionné, exigeant et inventif.

Écouté toute la journée devant l’ordi, sur Deezer, Youtube. Avec le soulagement que le syndrome de Bashung ne devienne pas aussi un syndrome de Christophe (mais vous verrez quand il sera mort, comment tout le monde dira qu’il était le dernier des très grands). Mieux vaut le découvrir tard que jamais, après tout j’ai bien attendu cinquante ans aussi, pour découvrir les Stones et Led Zeppelin.

Alors maintenant, une dette : parce que Cathy n’est sans doute pas la seule, forcément, à croire encore que Christophe c’est un juste un rescapé du temps des yéyés. En fait c’est même pas faux : tous les autres ont fait naufrage, il est bien le seul rescapé. Et même parmi les gens qui savent que c’est un « artisse », un vrai, tout le monde ne le connaît peut-être pas tant que ça.

D’où ce petit article, en chemise et la corde au cou : Christophe, c’est la grande classe, un musicien exigeant comme Bashung, discret comme un Manset, un Lewis Furey.

D’ailleurs, tiens, pourquoi pas l’introduire par Bashung :

(Au passage, les paroles des Mots bleus comme des Paradis perdus sont d’un certain Jean-Michel Jarre. On pense ce que l’on veut de sa musique, mais rendons à César ce qui lui appartient, ça n’est pas le propos de ce billet).

Et puis ensuite, peut-être ça (Christophe Van Huffel à la guitare Fender Jaguar) :

et ça :

Et pour le plaisir de voir le bonhomme dans son atelier rempli de machines analogiques comme numériques (et comme il en parle à égalité) :

Et aussi cette interview, où on lui demande justement pourquoi il n’est pas devenu Richard Anthony :

Et puis ensuite, aller sur Deezer et se perdre dans ses albums.

Si après ça vous pensez toujours que Christophe fait partie des has been de la tournée des idoles, alors je ne peux plus rien pour vous. Moi demain, et toute la fin de semaine, j’écoute Christophe, toute la journée, pensez, tout ce temps perdu.

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