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Viaduc du Viaur

12-10-2006

Il y a comme ça des lieux qu’on aime en particulier, qu’on revoit en rêve, qu’on se promet bien de revoir un jour. Pourquoi je vous parle de ça aujourd’hui, je ne sais pas... Juste une envie d’en parler.

J’aime bien les ponts d’une manière générale, les vieux ponts en particulier. Les structures modernes en béton m’attirent déjà beaucoup moins. Il se trouve que le plus fameux d’entre eux (que je n’ai jamais vu, et qu’il ne m’intéresse que très moyennement de voir d’ailleurs) se trouve à Millau dans le département de l’Aveyron où nous avons habité quelques années. Un bien beau pays, en tout cas moins plat que nos marais charentais inférieurs. Il ne lui manque que la mer, même si l’Aubrac sous la neige peut l’hiver, l’évoquer...

Donc, tout le monde va à Millau en Aveyron, voir le viaduc le plus haut, le plus long, le plus moderne etc. Je n’ai rien contre. Par contre, là où tout le monde ne va pas (et c’est très bien comme ça) c’est admirer le Viaduc du Viaur, ingénieur Paul-Joseph Bodin, inauguré en 1902. Et c’est le plus beau des ponts que je connaisse, une féerie métallique comme la Tour Eiffel ou le pont de Porto, mais dans un paysage sauvage et isolé comme il y en a beaucoup dans le Rouergue.

Pendant ces cinq années aveyronnaises je n’y suis pourtant pas allé souvent. Le quotidien devient vite banal ; et à l’époque je le voyais quasiment tous les jours depuis le fond de la vallée (maintenant un nouveau viaduc en béton, remplace la petite route en lacets qui descendait dans la vallée du Viaur, et en remontait du côté du Tarn). Mais j’ai dû y aller une ou deux fois en journée, et aussi y conduire de nuit, des copains et copines qui ne l’avaient jamais vu. Ils n’en ont pas vu grand chose d’ailleurs, vu, justement qu’il faisait nuit noire... Mais on voit la nuit différemment qu’avec les yeux, et peut-être mieux certaines choses et certains lieux.

Donc, si vous voulez découvrir le Viaduc du Viaur, admirez-le le jour, dans différentes lumières (parfois il émerge seul du brouillard, comme un fantôme métallique) et attendez la nuit pour aller vous balader sur la voie ferrée (ce qui est, bien entendu, absolument interdit). Vous aurez de préférence regardé les horaires des michelines entre Albi et Rodez et interpolé pour ne pas vous trouver nez à nez avec un de ces engins, à 116 mètres au-dessus de l’eau. La sensation de vertige, de nuit avec la trouille de rencontrer le train, est inoubliable.

À côté du viaduc, juste à côté, il y a un hôtel-restaurant, l’hostellerie Viaduc du Viaur (ils n’ont pas de site internet). Je me suis souvent demandé comment un hôtel à l’écart de tout, bordant une voie ferrée secondaire mais où les trains ne s’arrêtent pas, pouvait survivre. Quinze ans après et même plus il est toujours là, preuve que tout le monde ne va pas exclusivement se faire photographier devant le pont de Millau.

Depuis on a quitté le Rouergue et ses vallées profondes, pour la Bretagne (une Bretagne imaginaire qu’on pas vraiment trouvée, sans doute passé à côté) et le plat pays charentais.

Et depuis des années je repense régulièrement au viaduc du Viaur, son hôtel, et me dis toujours, qu’un jour, si je déprime, je divorce, je tue quelqu’un, ou simplement si j’ai envie de me retrouver seul, j’irai me planquer quelques jours en hiver, dans cet hôtel. Traverser le pont entre les trains, le regarder sortir du brouillard, entrer dans la nuit, regarder la pluie tomber dessus, puis rentrer à l’hôtel et prendre un bon chocolat chaud ou un whisky au coin du feu. Si en plus on y mange un bon aligot, ou une estofinade, avec un petit Marcillac alors je crois, que je serai parfaitement heureux.

Viaduc du Viaur
Photo Jacques Mossot sur structurae