Café du Commerce
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Pulsion de mort

15-05-2005

J’en ai marre de ce site. Plus d’un mois depuis la dernière mise à jour, le loisir devenant contrainte et épreuve. Envie de tout fermer, laisser un petit message « Désolé, ce site n’est plus maintenu, je vous redirige sur Google dans 5 secondes » , comme ce serait doux, comme ce serait simple.

Je n’en suis pas à ma première tentative de suicide webistique... j’ai même quelques réussites à mon actif, dont une cet après-midi même. Longtemps je trouvais ça rigolo, un petit exhibitionnisme de bon aloi. Et puis on se rend compte que même de toutes petites aventures privées, une fois sur le net, vous reviennent dans la figure, le plus souvent gentiment « comment va M. Rouge-queue ? » ou « Oui, je le sais, je l’ai vu sur ton site » . Au début, et même pendant longtemps ça m’a fait plaisir. Mais en ce moment c’est plutôt une aspiration à la tranquillité, l’anonymat, la transparence voire l’invisibilité. Après quelques années de vie professionnelle et associative bien remplie, se faire tout petit dans son coin, regarder la rivière passer, faire de la musique pour soi tout seul, ne vivre que pour ceux qu’on aime le plus et oublier le reste du monde.

Avec ça que sans être un précurseur, il y avait quand même entre 1998 date à laquelle j’ai commencé ce site, et jusqu’à l’année dernière, un certain élitisme à avoir ses « pages personnelles », ce qui forcément flattait mon ego déjà bien dimensionné. Ou tout du moins, il y avait dans cette démarche un aspect artisanal – j’écris toujours directement en HTML dans un simple éditeur de texte – sympathique. Avec SPIP et consorts c’est à la portée de tout le monde maintenant, qui ne s’en prive pas, et de ces millions de blogs seuls quelques uns (sur)vivront, les rares maintenus par d’authentiques écrivains ou artistes du web. Ma prétention ne va pas jusque là, mais je me demande si tirer ma révérence maintenant ne serait pas à la fois sage et élégant, plutôt que de me dissoudre dans la fange de cette populace blogueuse...

Pour autant fermer le café du commerce serait renoncer à ces rencontres qu’il a suscitées et suscite encore, de passionnés d’orgue, de vieux pianos, de ponts, de trucs bizarres... qui s’y retrouvent par hasard et me font la gentillesse d’un mail. Pour tout dire, comme vendre ma guitare dont je ne joue pourtant jamais, ne sais même pas jouer et ne saurai jamais, ou les chers vieux appareils photos qui ne sortent jamais non plus du placard : je n’arrive pas à m’y résoudre.

Alors voilà. Que les fidèles pardonnent ce passage à vide et les mises à jour mollassonnes. Cette « pulsion de mort » ne concerne que le site rassurez-vous... La vie est belle, M. Rouge-Queue a repris ses quartiers d’été dans le garage à vélo, j’ai participé cet après-midi au « Trophée de l’Hermione », descente de la Charente à la palme entre Tonnay et Rochefort. Et comme je suis plus fort sur l’apéro que sur l’entrainement, suis arrivé vingt bonnes minutes après les premiers, le deuxième à l’arrivée étant un brave papi à la soixantaine tonnante et la bedaine plus que rebondie... Ça m’a un peu fichu la honte avec ma monopalme en carbone (Breier) et ma combi sur mesures, d’arriver dans le dernier tiers. Enfin, je me console en me disant que la monopalme, c’est plus dur que les bi et que peut-être, je ne suis pas (encore) assez vieux.