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Fétichisme

15-06-2005

Je vais encore vous parler de mon excellent ami le baron Albert de l’Espée... Toujours d’après le livre de Christophe Luraschi. Vous comprenez, je suis amateur de littérature non pratiquant. À ma grande honte, je lis peu, un peu parce que les livres sont chers, un peu parce que la bibliothèque du bourg n’est pas riche et celle de la ville trop loin, et beaucoup parce que je passe bien trop de temps à glander sur cette machine diabolique qu’est l’ordinateur. Alors, quand je lis un livre, il faut bien que j’emmerde toute la famille et le voisinage avec pendant trois semaines. Après ça passe.

Alors voilà, c’est en 1890, le richissime baron de l’Espée, sorte de Monte Cristo mélomane maniaque, assiste à une représentation de l’opérette en vogue, Miss Helyett. Laissez-moi vous en narrer le sujet : Miss Helyett, jeune Américaine pudibonde, fait une chute lors d’une randonnée en montagne. Elle est sauvée in extremis mais voilà que sauveteur aperçoit la partie la plus charnue de son anatomie, que normalement jeune fille ne doit montrer qu’à son époux. Elle doit donc épouser son sauveur pour sauver l’honneur. Oui, mais elle ne l’a pas vu, le sauveur, et plusieurs prétendent avoir eu cet avantage... Je ne vous en dis pas plus !

La chanteuse qui tient le rôle-titre s’appelle Biana Duhamel, elle a un joli brin de voix, elle est surtout gracieuse et spirituelle, le sombre baron en tombe éperdument amoureux... Elle succombera aussi sinon à son charme (il est gros, pas très beau, avec des pieds immenses, et aussi mondain qu’un buffle en cage), peut-être à l’originalité de son caractère et plus certainement à la promesse de l’aisance et la sécurité matérielles que cet amoureux pourrait lui procurer (la situation des intermittents du spectacle à l’époque, n’étant guère plus enviable qu’aujourd’hui).

Albert a fait construire pour accueillir son orgue Cavaillé-Coll, un château extraordinaire sur la côte basque. Il construit dans la foulée une somptueuse villa à côté du château pour sa jolie protégée, avec une poterne entre les deux propriétés. Mais forcément ça ne colle pas très longtemps entre le Wagnérien solitaire et la petite goualeuse... Un jour Miss Helyett se fait la malle, après avoir revendu sa cage dorée à son protecteur et aussi geôlier. Du coup le baron, qui avait attendu dix ans la réalisation de son rêve d’orgue, le met en vente quelques mois après sa mise en place, ainsi que le château...

Biana tentera de nombreux come back sans renouer avec le succès... Elle tombe malade et dans la pauvreté... Le Figaro lance une souscription pour lui éviter l’expulsion, mourante, de son appartement de misère (depuis que je sais cela Le Figaro m’est infiniment sympathique).

Et voilà l’histoire de Biana Duhamel, qui n’était pas héritière des houillères de Lorraine, n’a sans doute jamais chanté Wagner... C’était juste un petit oiseau chanteur plein de grâce et de gaîté, avec un joli sourire. Petite étoile filante oubliée.

Moi forcément, qui vis dans le culte du Baron depuis des lustres, je ne pouvais qu’en tomber amoureux aussi... Et trouvé sur Ebay, ce tout modeste, mais si touchant chromo des biscuits LU... Il m’a coûté huit euros, c’est peu pour matérialiser un rêve. Ma prochaine fille si Dieu le veut, s’appelera Biana. Ou mon prochain chien.

Miss Helyett

P.-S.

Mise à jour, juillet 2009. Toute affaire cessante, rendez vous sur forbidden-places.net pour découvrir l’intérieur du château. Celui-ci appartient désormais à un propriétaire bien décidé semble-t-il, à le faire revivre. Inch Allah...

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