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Tsunami

04-01-2005

Les journalistes appellent ça je crois la loi de Mc Lurg. En gros, la valeur de l’information dépend essentiellement de sa proximité. Cela ne semble pas à première vue s’appliquer à la catastrophe de l’Asie. Pourtant on se disait l’autre jour en famille que malgré l’ampleur, et la couverture médiatique de cette catastrophe, elle nous semblait moins présente dans les médias que celle du 11 septembre 2001 pourtant minime en comparaison – du moins dans le nombre de victimes. Finalement, oui, moins proche de nous.

J’en ai un peu honte, mais je ne suis pas vraiment touché par les images, les chiffres, les compte-rendus, pas plus que je ne me sens concerné par cet appel à la solidarité qu’on nous présente comme allant de soi, comme un rab de téléthon. Que les générosités se soient exprimées, des milliards trouvés si vite pour aider les sinistrés, ces moyens militaires, oui c’est bien. En même temps, et tant pis si encore une fois on compare ce qui n’est pas comparable, quelle solidarité s’est mise en place pour le Rwanda ? Pour les famines récurrentes, pour le Sida qui ravage l’Afrique ? Quelles voix pour dénoncer l’embargo sur l’Irak et les millions d’enfants qui en sont morts ? Quels reportages à la télé, quelles mesures internationales, sur la catastrophe de Bhopal, ses quinze mille morts et ses huit cent mille victimes (merci Daniel Mermet) ?

Peut-être parce que les victimes de catastrophes naturelles, même éloignées, sont aussi finalement plus proches de nous, plus politiquement correctes que les victimes de nos guerres, nos égoïsmes, notre recherche effrénée du profit. On vexera peu de monde, on ne contrariera que peu d’intérêts en les aidant de tous nos moyens (encore une fois, je m’en réjouis, et tant mieux). Et il est peut-être plus facile pour sa conscience, d’envoyer un chèque à Médecins Sans Frontières pour les petits orphelins d’Asie, que de regarder dans les yeux le SDF du coin de la rue. Enfin, une telle catastrophe économique pour les pays victimes, est du pain bénit pour notre propre économie (puisqu’il faudra reconstruire). Et si on ne le dit pas de façon aussi crue, je ne peux pas croire, que certains ne s’en frottent pas déjà les mains.

Je ne peux m’empêcher de penser, quand je vois l’efficacité apparente, la puissance d’une mobilisation mondiale, à ce que pourrait-être une volonté politique générale, d’une vraie solidarité mondiale. Ici, en France, déjà. Puis avec les trois-quarts du monde, dont nous pillons allègrement les ressources et que nous maintenons délibérément dans cette pauvreté qui nous arrange bien (nos ordinateurs seraient bien trop chers, si on les faisait fabriquer ici... ils achètent nos hélicos et nos obus, ça fait des emplois, et puis imaginez tous les chinois, tous les africains, avec deux voitures par couple.)

Du Tsunami, j’en ai un peu honte, mais du flot d’infos auditives, visuelles, je ne retiens que deux images : la célébrissime Vague de Hokusai, que j’ai toujours, mentalement, associée à ce mot. Et puis, dimanche matin premier janvier, le Philarmonique de Vienne qui n’a pas joué la Marche de Radetzky au Concert du Nouvel An. Je suis un inconditionnel de ce concert, j’aime la musique légère des Strauss, et ce parfum délicieux d’une société révolue et d’un siècle qui n’en finit pas de finir. Jouer la Marche de Radetzky cette année aurait été effectivement indécent. Mais ce n’est pas la musique qui est indécente : c’est notre occident jouisseur, égoïste, irresponsable, qui va au concert en smoking quand le peuple crève.

Mais, vous-même, qui parlez si bien, que faites-vous pour le monde ?

Moi, rien. Je lance des mots, dans l’infini du cyberespace, comme on fait des ricochets sur l’eau. Et je joue Bach sur mon piano tellement désaccordé, qu’on dirait du Scott Joplin.

Hokusai vague