Café du Commerce
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Light my fire

15-01-2005

D’une façon générale, j’aime bien la technologie et la technique. J’aime bien les hélicoptères, les ordinateurs, les appareils photos (argentiques et mécaniques, pas les numériques), les instruments de musique en général, les orgues Hammond à roues phoniques et les pianos Pleyel en particulier.

En revanche je déteste cordialement le téléphone en général et les portables en particulier, et tous les machins à écran, câbles et menus ésotériques avec lesquels nous sommes obligés de vivre en soi-disant intelligence. De tous ces appareils, j’ai une aversion particulière pour le magnétoscope.

Pourtant c’est bien de pouvoir enregistrer des films qui passent trop tard, et conserver ceux qu’on aime. Le problème, c’est que je n’ai jamais réussi à programmer convenablement cette saloperie d’appareil.

Magnétoscope et télé, encore, ça allait à peu près. Depuis le déménagement, on doit faire en plus avec une antenne parabolique et son décodeur (parce qu’on ne capte pas autrement), ce qui oblige à jongler avec quatre télécommandes, puisque l’inévitable lecteur DVD aussi en a une, et une prise de tête de cinq minutes à chaque fois qu’on veut regarder des images.

Pour la télé, mettre la télé sur AV, le scope éteint, le décodeur sur la bonne chaîne en espérant que l’antenne derrière n’ait pas foutu le camp comme elle le fait régulièrement, l’ampli de la chaîne sur Tape2 (logique) et le son de la télé à zéro. Pour le DVD, idem, sauf chaîne sur CD, et décodeur sur Aux (sans se tromper de zappette). Pour regarder une cassette sur le scope, appeler les enfants et leur demander de régler le bazar. Pour enregistrer une cassette, appeler le beau-père et prétexter qu’il a 360 chaînes sur sa parabole pour lui pleurer l’enregistrement (l’appel fait de toutes façons plaisir à Mamie donc c’est pas du temps perdu). Summum du summum, enregistrer un film sur le scope et regarder un DVD en même temps : bien sûr faire configurer ça par les enfants, mais en plus débrancher et rebrancher différement les cables derrière, tirer l’étagère, faire tomber l’icône russe souvenir de famille par terre, s’apercevoir que zut elle a pris encore un gnon, négocier l’annonce dudit gnon à Madame, et enfin tout recommencer quatre fois parce que forcément l’antenne de la parabole s’est encore décrochée du décodeur parabolique. Et encore je reste poli.

JE HAIS LES MAGNÉTOSCOPES !!!

Aujourd’hui, enfin hier, enfin je ne sais plus, c’était le pompon. Hier soir, la petite voulait enregistrer à 23h30 un film avec Montand et Carole Laure, qu’on aime bien tous les deux (elle est bien belle, Carole...) Elle, pas folle, le scope elle n’y touche jamais, elle commande et à moi de me débrouiller avec les zappettes, les boutons, les menus. Et il y avait ensuite, sur une autre chaîne, un concert des Doors. Depuis un an je suis fan des Doors (il m’aura fallu quarante ans et un collègue de travail tout sauf aimable pour les découvrir). Les Doors, j’en ai des disques, mais je ne les avais encore jamais vus en images. Alors, forcément c’était la fête : pour Jim Morrison, évidemment, mais surtout pour Ray Manzarek, l’homme aux claviers. Mais je vous reparlerai une autre fois de Manzarek et ses claviers, si j’oublie, rappelez-le moi.

Donc, enregistrer deux films, à deux heures différentes, sur deux chaînes différentes. Et les enfants qui étaient déjà couchés. Comme j’avais il y a quelques jours réussi à enregistrer un docu en différé, j’ai dit : « Pas de problème pour le film, et je me me relèverai pour les Doors. ». Parce que rater le film, c’était embêtant, mais Ray Manzarek, son piano basse et son Vox Continental, pas question.

Donc j’ai réussi à programmer le film, puis à programmer la montre de triathlon (je ne fais pas de triathlon, mais elle m’accompagne dans l’eau quand je vais palmer) pour sonner à 1h25. Pas de la tarte, je vous le promet, là aussi, avec les quatre boutons, entre les fonctions de chrono, réveil, et autres trucs dont je ne sais pas à quoi ils servent, ni ce qu’ils veulent dire. Enfin la montre sonne à 1h25, je me lève comme au temps des pompiers et descends au salon. Demi-surprise, le film de Montand n’a pas été enregistré. Aïe, la petite va pas être contente. Enfin, heureusement, pour les Doors y’a qu’à changer de chaîne et appuyer sur le bouton. Donc je change la chaîne du décodeur parabolique, et appuie sur le bouton rouge du scope. Et s’affiche l’icone Record. YES ! Je regarde cinq minutes les Doors, son au mini pour ne pas réveiller la maisonnée. En me disant, vivement demain, je me fais le concert tout seul à fond les manettes.

Et donc ce soir, les enfants dans leurs chambres, Madame à son cours de danse, j’introduis voluptueusement la cassette dans la fente étroite et mystérieuse du magnétoscope. La petite porte s’efface sans broncher, tout baigne dans l’huile. J’effleure doucement le bouton Play. Les images apparaissent, nettes, bien contrastées, sans parasites. MAIS PAS DE SON !!! La télé à fond, à peine un murmure inaudible derrière un ronflement de bête féroce. Et Jim Morrison hurle dans son micro. Et Manzarek en transe sur son Vox. Et je n’entends rien !!! Un espoir, le magnétoscope des enfants en haut (ben oui, on a deux scopes...). Pareil, en pire.

Ce soir j’ai compris la solitude des sourds. Demain, j’envoie tout le monde à l’école, à la danse, en courses, au diable, et je me fais les Doors en CD, sur la vieille chaîne sans télécommande, mais à fond. Non mais.

Ray Manzarek

P.-S.

Codicille, sinon épilogue, le lendemain. Je viens d’enlever tous les gros mots écrits hier sous la dictée de la colère, on y perd en spontanéité mais sur la longue route c’est sans doute mieux. Cette nuit la montre Iron Man s’est mise à sonner sans qu’on lui ai rien demandé, à 1h25, alors qu’il n’y avait aucun concert des Doors à la télé, et que je rêvais benoitement, sans doute d’un monde où les machines seraient au service de l’homme et pas le contraire. Salut, et fraternité.

Épilogue, cinq ans après : enfin réussi à enregistrer un concert de nuit, grâce à la Freebox TV, enfin un truc suffisamment simple pour moi. Je me suis juste trompé de jour en lisant les programme : hier on était vendredi et pas samedi, et le concert de Weather Report, c’est ce soir.