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Archéo-photo 50s

26-05-2015

« Les plans les mieux conçus des souris et des hommes, souvent ne se réalisent pas » — Robert Burns


Résumé des épisodes précédents : août 1953, quatre spéléologues, Georges Lépineux, Michel Letrône, Jimmy Théodor, Daniel Épelly, découvrent à 600 mètres de profondeur dans le gouffre de la Pierre Saint-Martin, découvert par Lépineux en 50 une salle souterraine géante, qu’ils nomment salle de La Verna. Elle est à l’époque la plus vaste salle souterraine connue, et cela s’ajoute au palmarès du gouffre, qui est déjà le plus profond du monde, et défendu par un puits d’accès de 328m, soit la plus grande verticale souterraine connue, toujours à l’époque. Le gouffre de la Pierre Saint-Martin, déjà médiatisé à l’extrême l’année précédente par la chute dramatique et l’agonie au fond du gouffre de Marcel Loubens, et qui le sera à nouveau l’année suivante avec la remontée héroïque du corps, au prix de difficultés et dangers inouïs, devient le gouffre de tous les records et superlatifs. Le propre des records étant d’être battus, il perdra ses titres les uns après les autres mais gardera le statut de gouffre mythique et de traversée classique incontournable pour tous les spéléologues — et son exploration se poursuit toujours, sous la coordination de l’ARSIP.

Au fond du gouffre coule une rivière, qui se perd sous les chaos et galets de la Verna, et ressort 800 mètres plus bas dans la vallée, sous le lac du barrage de Sainte Engrâce.

En 1956, EDF voit dans la rivière souterraine la possibilité d’une production d’électricité, et décide de percer à flanc de montagne un tunnel qui débouchera directement dans la Verna. L’endroit choisi pour le percement se trouve dans le ravin d’Arphidia, à quelques kilomètres et 800 mètres au-dessus du village de Sainte-Engrâce. Le tunnel sera percé à l’explosif et avec des outils pneumatiques. On installe pour les alimenter un énorme compresseur au village, et une canalisation de 110mm en acier court au fond du ravin pour amener l’air comprimé jusqu’au chantier.

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Tunnel de la Verna, 1960. Photo : © www.laverna.fr

Le tunnel est percé avec difficultés (la direction est mauvaise, après plusieurs essais infructueux il faudra refaire une topographie du gouffre pour enfin déboucher dans la Verna) et la jonction est faite le 6 décembre 1960, soit quatre ans après le début des travaux. Mais le débit de la rivière est trop irrégulier pour que la production d’électricité soit rentable dans le contexte de l’époque. EDF jette l’éponge et envisage donc de détruire le tunnel. La municipalité de Sainte-Engrace obtient qu’il demeure en l’état, à l’usage des spéléos et scientifiques.

Il faudra attendre 40 ans pour que la SHEM reprenne à son compte le projet abandonné : le tunnel devenu dangereux est rénové, un micro-barrage est installé dans la Verna, une conduite forcée enterrée sous la piste forestière descend l’eau dans la vallée où une micro-centrale est installée. Le tout sans aucun impact négatif sur l’environnement. Dans la foulée, la salle de la Verna est aménagée et ouverte au public (troisième salle souterraine au monde en volume, à 6° au cœur de la montagne c’est un spectacle sans équivalent et d’une brutalité minérale indescriptible).

Et la conduite d’air comprimé de 1956 ? C’était déjà bien assez difficile de l’amener sur place, tout cela avait coûté un fric fou sans résultat, l’écologie n’est pas la priorité de l’époque, elle est simplement abandonnée au fond du ravin. Quelques tronçons sont récupérés par les habitants pour servir de poutres dans les granges, sinon livrés à la Nature qui reprend peu à peu ses droits.

Ce sont quelques-uns de ces vestiges que j’ai photographiés par un beau matin de printemps 2015.

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Ravin d’Arphidia, avril 2015

Portfolio

Photo(s) J.Bon, licence CC-BY-NC-SA
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