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Intervention Delta - 4/4

13-07-2015

Résumé des épisodes précédent : notre héros est ado, à 13 ans vu il a vu le film "intervention Delta" au cinéma, depuis il rêve de de deltaplanes et lit "Vol libre Magazine". Suivi d’intéressantes considérations techniques sur les vertus comparés du deltaplane et du parapente.


(suite de ce billet)

Donc au fil du temps il y a eu de plus en plus de pages « parapente » et de moins en moins de pages « delta » dans mon Vol libre magazine, parce que dans la vraie vie aussi, il n’y avait déjà plus qu’une poignée d’irréductibles hurluberlus barbus et anachroniques, écoutant Neil Young en buvant de la Leffe, qui continuaient à voler sous ces grands cerfs-volants pas pratiques, pour toutes les raisons invoquées plus haut. Et puis le magazine lui même a disparu, ou changé de nom, mais il y a lurette que je ne le lisais plus.

Alors on oublie le deltaplane, on range les ailes en papier et les Vol libre Magazine dans le tiroir des rêves de gosse, on se marie, on a des enfants, on va passer les vacances au bord de la mer parce que c’est bien pour les gosses et que dans la maison de famille c’est des vacances pas chères.

On soupire bien un peu quand même, quand on passe à Millau, en regardant les corniches blanches ou ocres du Causse Méjean, du Causse Noir, du Larzac, en voyant une ou plusieurs ailes multicolores tournant calmement dans le ciel. On pense au type qui est tout là-haut avec juste le bruit du vent dans sa voile, et on se dit « un jour, je reviendrai ici pour apprendre à voler en delta. » Et puis on continue sa route et on y pense d’autant moins que Millau c’est loin de tout et surtout de notre Atlantique alors on n’y passe pas souvent. On fait de temps en temps du cerf-volant sur la plage, ça ne fait pas voler le corps mais l’esprit oui, quand même, c’est très zen.

Mais vient un moment où les enfants s’élancent de la falaise et quittent le nid, on est fier de de les voir s’élever avec aisance dans les courants ascendants. Du coup les adultes prennent leur envol chacun de son côté aussi.

Et puis un jour on se promène au bord d’un canal avec la nouvelle compagne de vol, il fait beau, et soudain on voit de l’autre côté de l’eau une manche à air dont la présence est inexplicable au milieu des marais. On pense à une aire de décollage pour aéromodélisme, paramoteur (un parapente à moteur, qui fait du bruit et qui pue, mais permet de voler quand on n’a pas de relief pour décoller) ? On explique que le parapente non merci, on n’est pas tenté, encore moins avec un moteur au derrière. Mais le delta par contre... le delta... comment te dire ? Par où commencer ?

C’est comme subitement retrouver la clé du tiroir des rêves de gosse, perdue depuis tellement longtemps qu’on en avait presque oublié l’existence (enfin, des tiroirs comme ça, je crois en avoir encore en réserve).

Alors on rentre chez soi, on retrouve Intervention Delta que l’on n’avait évidemment pas vu depuis 1976. On le visionne le soir, seul dans le noir avec le chat sur les genoux. Et on se souvient des ailes multicolores tournant dans le ciel calme de Millau, au-dessus du Tarn et de la Dourbie...

On continue à farfouiller dans les vidéos delta du net, et on trouve celle de ce type qui a volé au-dessus du paysage aimé entre tous, du col d’Aphanicé et du pic de Behorléguy, dont on ne se lasse pas :

Et c’est comme ça que l’on se retrouve trois mois plus tard, et 39 ans après avoir frémi pour la première fois devant les aventures de James Coburn, un dimanche matin aux aurores, à prendre la route de Millau, Aveyron. Avec dans le coffre la tente igloo, le matelas pneumatique, le camping-gaz, le sac à dos avec slips et T-shirts pour une semaine. Sur le siège passager l’appareil photo, la copie de la licence fédérale, du certificat médical, et des rêves de décollages et d’atterrissages plein la tête.

(to be continued...)