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Intervention delta - 3/4

12-07-2015

Résumé des épisodes précédents : le narrateur a vu à l’âge de treize ans le film Intervention delta, un flim américain trop bien, avec James Coburn et plein de deltaplanes dedans.


(suite de ce billet)

Voilà, c’est un scénario un peu léger, mais après un début mollasson et malgré le jeu d’Aznavour, le film fonctionne bien, et finalement presque 40 ans après je l’ai revu avec plaisir. L’effet Madeleine bien sûr, mais ça ne marche pas à tous les coups (essayez donc avec Les chevaliers du ciel ou Thibaud et les croisades, vous m’en direz des nouvelles).

Enfin, surtout, c’est qu’en 1976, j’avais 13 ans, un âge où tous les rêves sont permis, et où on ne conçoit pas le futur autrement que dédié à leur réalisation.

En rentrant chez les parents après le cinéma, je me suis assis à la table du salon, ai commencé à découper des deltas dans du papier à dessin, les barbouiller en noir à l’encre de Chine (ce qui les faisait gondoler, et le noir partait très difficilement sur les doigts) pour en faire des ailes Rogallo comme celles du film qui volaient... plus ou moins. Et pendant longtemps il y a eu des deltas noirs gribouillés dans mes classeurs de collège.

À la suite de ça pendant un certain temps quand j’avais un peu d’argent de poche, j’achetais Vol libre magazine, en plus d’Alpinisme et randonnée, moi qui n’avais jamais vu une montagne (on allait toujours en vacances à la mer), ni évidemment un delta. En me disant naturellement que quand je serais grand, moi aussi je volerais en deltaplane, et je m’élancerais au-dessus de la Charente depuis la falaise qui domine les grottes du Chaffaud (qui fait dans les 15 mètres de haut) ou la côte de Chauffour sur la route de Ruffec (qui en fait peut-être 30). Et puis forcément j’avais fait de Jonathan Livingston le Goéland mon livre de chevet (ensuite ça sera longtemps Vol de nuit, puis Terre des hommes qui m’accompagneront toujours dans le sac, mon premier Pleïade).

Et puis on passe à autre chose. Déjà, parce que dans Vol libre Magazine, ont commencé à apparaître des parapentes, et de plus en plus.

Un parapente, c’est un peu comme un deltaplane, en bien plus pratique : ça pèse deux fois rien (un delta, trois fois plus), loge dans un sac à dos (un delta il te faut une grosse voiture, avec une grande échelle fixée sur la galerie, et le garage qui va bien), se déplie en quelques instants (un delta il faut le monter à chaque fois, notice en main, comme un meuble Ikea). Si bien qu’avec un parapente tu peux sans problème partir en randonnée en montagne avec ton appareil sur le dos (avec un delta il faudrait des sherpas), décoller de (presque) n’importe quel sommet, redescendre en vol, te poser (presque) n’importe où et rentrer chez toi en stop (ce qui beaucoup moins évident avec un delta). Ensuite tu n’as plus qu’à sortir la carte SD de ta GoPro, rajouter une musique de Daft Punk et uploader ta vidéo sur YouTube et Facebook pour impressionner tes potes. Impossible de faire tout ça avec un delta, tout en arrivant à l’heure pour l’apéro chez les voisins. Ce sont les gros avantages du parapente, qui expliquent son succès.

Mantenant pour ce qui est de voler il y a un peu la même différence entre un parapente et un deltaplane, qu’entre un canard et un goéland. Le delta est beaucoup plus rapide et maniable (facile à vérifier avec un cerf-volant « voile » et un cerf-volant « delta »), a une plus grande finesse (capacité à planer), il est beaucoup moins sensible aux perturbations atmosphériques, peut décoller et voler par vent plus fort, et surtout il ne se referme pas ce qui peut arriver à un parapente dans certaines conditions d’aérologie, et/ou suite à un pilotage maladroit : ce qui peut amener le pilote à descendre bien vite et bien bas, mais pas forcément de la manière la mieux contrôlée.

L’aile delta est conçue pour voler. Le parapente, pour tomber avec panache.

(... to be continued)

Photo : http://www.delta-club-82.com