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Jeanloup Sieff

13-01-2016

Feuilleté hier soir mon vieil exemplaire des "Portraits de dames assises..." de Jeanloup Sieff, pas ouvert depuis des années. C’était un beau bouquin que j’avais payé assez cher (270 FF, c’est marqué dessus) il y a... plus longtemps que cela, je devais être étudiant ; les pages ont jauni, sont tachées là ou les doigts ont tourné (pourtant je suis assez soigneux avec les livres), le papier pue la moisissure, c’est un vieux bouquin quoi. Pas d’émotion particulière devant l’objet, pas tellement non plus devant les photos que je connais par cœur, et qui sont plutôt mal imprimées (Contrejour, pourtant) mais touché par certaines phrases que j’avais, elles, oubliées, comme autant de petites photos à la Tri-X, avec des ciels chargés et des détails soulignés au ferricyanure.

30.12.74
Le bruit sensuel d’une pluie calme sur des feuilles d’arbre consentantes.

24.5.81
Parc de Bagatelle. Des couples encore jeunes, mais la taille déjà épaissie, promènent les landaus de l’avenir, comparant leur progéniture à celle de la voie descendante qui les croise et en fait tout autant.
D’autres couples, à la taille encore fine et sans enfants, doublent d’un pas alerte la longue procession légaliste. Ils se hâtent, pressentant peut-être leur tour proche et leur actuelle liberté fragile.

26.6.81
Quand j’étais étudiant, j’étais libre, n’avais rien à faire, et n’ayant pas d’existence légale, je vivais... maintenant j’existe enfin, mais je n’ai plus le temps de vivre.

3.6.78

Vivre seul, c’est pouvoir choisir le moment où l’on est avec quelqu’un. Vivre avec quelqu’un, c’est avoir le regret de ne plus être seul [...] Au fond, mon seul souhait serait de vivre seul sans jamais l’être totalement.

16.2.74
Onze heures du matin.
Elle (Anka, sa mère) vient à l’instant de mourir dans mes bras, tout doucement, en s’arrêtant très lentement de respirer. Je suis seul.

13.3.73
Les paroles s’envolent, les aigris restent.