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La visite

16-01-2016

Depuis des années, des dizaines d’années même, cette visite était au programme, juste pas eu le temps, l’occasion de la faire.

Ce jour-là j’ai donc pris le RER B, direction Robinson-St-Rémy les Chevreuse, que je prenais autrefois pour aller visiter la famille mais ils sont tous morts aussi depuis.

Forcément, pris un train qui ne s’arrêtait pas à Arcueil, descendu à la suivante, comme un imbécile au lieu de changer de quai simplement, je suis ressorti et ai racheté un billet pour l’autre sens.

J’avais d’Arcueil l’image de la légende Satienne, de banlieue grise, misérable et insalubre qu’elle était à l’époque où Satie y vivait, dans un studio sans eau ni lumière, de la « maison aux quatre cheminées » (images d’archives : http://www.erik-satie.com)

À l’époque de Doisneau, vers 1945 c’est pas beaucoup plus joyeux :

Aujourd’hui c’est un centre ville tranquille et même assez pimpant, pas très différent de ce que je connaissais de la banlieue sud, Fontenay-aux-roses ou Sceaux. Ça sent juste très fort la ville-dortoir, encore endormie le lundi matin.

Trouvé facilement la rue Cauchy et la maison qui a été réhabilitée il y a peu, avec un crépi jaune. C’est resté une HLM et c’est bien comme ça, et Satie y est honoré de manière sympathique, par une silhouette en fer forgé et des citations bienvenues sur le mur. J’ai quand même eu un peu de difficulté à la prendre en photo entre les becs de gaz, poubelles et voiture. Cette photo ne restera pas comme celle de Doisneau d’autant que le film est un peu voilé sur les bords.

Je me demande si les gens qui habitent son studio en ont conscience, et si ça représente quelque chose pour eux ? Me suis souvent posé cette question aussi pour ceux qui habitent l’appartement d’Atget rue Campagne-Première.

Des quatre cheminées aux cimetière, il y a dix minutes à pied, il a dû faire le chemin en corbillard à cheval, lui l’infatigable marcheur (il jouait le soir à Montmartre, et rentrait à Arcueil de nuit, se couchant dans le fossé en faisant semblant d’être ivre quand il croisait des apaches — sans doute des fois il n’a pas fait que semblant).

Rien ne l’indique au cimetière, mais il est facile à trouver, à gauche le long du mur. La tombe est évidemment moins visitée que celle de Jim Morrison, Gainsbourg ou Chopin. Il y avait quand même dessus une pomme pas trop vieille et un chapelet.

Je suis ressorti aux magasins de fleurs à côté, acheté un joli cyclamen (« — C’est pour offrir, ou pour le cimetière ? — Pour offrir à un vieil ami qui est au cimetière depuis 90 ans ») et revenu le lui apporter.

Et puis repris le RER, en pensant un peu à la jolie chanson de Le Forestier sur sa visite à Brassens. C’est une fois dans le train que j’ai réalisé que j’auras dû ramener une bouture du bégonia. Un bégonia de la tombe de Satie près du piano, c’est ça qui serait chouette. Bah je reviendrai l’année prochaine.