Café du Commerce
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Flash-back

15-03-2005

C’est marrant comme déménager change la vie. Plus ou pas encore d’amis (du moins peu de nouveaux, et les anciens on les voit moins), plus d’activités associatives, plus de pompiers... Au fil de ces dernières chroniques vous avez peut-être remarqué un certain retour à la musique en tant que passe-temps, préoccupation, passion.

Étant musicien assez piteux, ou pitoyable, comme vous voudrez, je compense comme tous les médiocres l’absence de talent par la recherche effrénée de l’instrument qui me permettra enfin d’exprimer ce non-talent. Si vous me comprenez... Ce fut donc la flûte à bec, le hautbois, un peu de diato, de violon, de synthé, de cromorne, de guitare, guitare basse, aidé en cela par un grand-frère sujet au même mal, puis harpe celtique, piano, orgue électronique, et maintenant l’orgue à tuyaux.

Mon Éverest musical personnel varie selon le jour, et le moment, se plaçant quelque part entre jouer les variations Goldberg au clavecin dans la Salle de la Verna (gouffre de la Pierre Saint-Martin), ou bien la pièce la plus difficile pour orgue de Louis Vierne, comme lui, aveugle, derrière une console monstrueuse de cinq claviers à quinze mètres du sol. Ou encore être contrebassiste anonyme et shooté derrière Thelonious Monk et Lady Day (Billie Hollyday) et faire doum-doum-doum-doum-badoum-badoum dans la fumée et l’odeur d’alcool et de sueur qu’habituellement je n’apprécie pourtant pas trop. Mais « être musicien de jazz est un état, et l’alcool en fait partie, c’est comme ça » (Lady Day). Ou peut-être faire le boeuf à l’orgue Hammond avec Nougaro et Michel Legrand. Ou encore des nappes extatiques de Solina avec David Gilmour à la guitare, derrière une montagne de claviers analogiques. Voilà pour l’Éverest.

Dans la pratique, ça se situe un peu plus bas, dans l’exécution (sommaire) laborieuse des préludes les plus faciles de Jean-Sébastien à l’orgue, en me prenant les pieds dans les pédales (pas facile quand on était exempté de défilé à l’Harmonie Municipale puis à l’armée car incapable de marcher au pas, de synchroniser tout ça), les gymnopédies de Satie sur mon Pleyel chéri ou encore Satin Doll (je vous reparlerai un jour, de Satin Doll).

Mais par contre, la fréquentation assidue du Bistrot des roufonistes où je croise d’autres fadas fêlés d’orgue Hammond bien sympas. Et d’Ebay à la recherche du piano ou du Hammond de mes rêves.

Cette nuit, sur le coup des trois heures (je sais, j’aurais mieux fait de dormir, je m’étais relevé pour enregistrer un docu sur Nougaro car je ne sais pas programmer le magnétoscope) je décide de faire un petit tour sur Ebay Hollande car les Hollandais sont un peuple qui aime l’orgue et on trouve là-bas plein de beaux instruments : Hammond, Éminent... Et au hasard, je tombe sur l’orgue de mon enfance. Je l’avais complètement oublié celui-là dis-donc, depuis que j’avais posé les doigts sur un piano puis sur un vrai orgue. En sixième, mon copain Philippe avait un Bontempi à soufflerie, deux octaves et demi, j’adorais, on jouait dessus L’homme à l’harmonica.

Les parents, fatigués de cette obsession d’orgue (je peux être très pénible...), m’avaient quelques temps après offert celui-ci, seconde main d’un pote de mon autre frère Pierre (un fou lui aussi), le grand Faroux. Il était électronique et plus à soufflerie (l’orgue, pas le grand Faroux), ça changeait tout. Trois octaves complets, il avait une vraie allure de bête de scène pour se monter des groupes de rock dans la tête, on enlevait les pieds pour jouer au lit pendant les bronchites, et surtout, un vi-bra-to qui pour moi valait tout les Pink Floyd du monde.

J’ai dû jouer sur ce clavier autant que sur tous ceux qui ont suivi réunis, et peut-être les plus beaux plaisirs : à douze ans on peut tout rêver, même donner des interviews à Rock&Folk, alors qu’à quarante c’est plus difficile de se projeter en pop-star. D’autant que le numérique a rendu le jeu des claviers bien moins spectaculaire (ah Tony Banks...), que lorsque il fallait trois pianos électriques, deux orgues et trois synthés, plus un Mellotron pour être un peu crédible.

Maintenant que je connais le Vox Continental, je me dis qu’il avait un peu le même look, et, n’en déplaise à Ray Manzarek, le même le son de casserole. Il a fini au grenier puis à la poubelle, pourri de faux contacts que mes premières expérimentations dans le monde de l’électronique n’avaient pas solutionnés, voire aggravés... De là à le racheter, payer le port depuis la Hollande, et surtout expliquer l’impérieuse nécessité de tout ça à Madame et les enfants, il y a quand même un pas. Mais il fallait ne pas l’oublier, ce petit Galaxy, et donc lui dédier cet indispensable café du commerce.

Orgue Galaxy