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Avril 2017

24-04-2017

"Si nos maîtres demain sont toujours les mêmes,
Qu’ils soient bons comédiens, ou bardés de flicaille,
Quand la fête est finie, le lendemain vient.
Quelle fête ferons-nous, de ces lendemains ?
Quelle vie nous ferons-nous, avec nos propres mains ?"

François Béranger, "Avril 78"


Retour de footing de 45’ au parc Monceau, des mois que ça ne m’était pas arrivé de remettre les chaussures rouges.

Mais couché hier soir groggy assommé, réveil avec à la bouche le même goût âcre et amer, les mêmes causes produisant les mêmes effets, des lundis matin de 2002 et 2007.

Mais le corps avait trop de choses toxiques à évacuer (mes potes pompiers de Pontivy, autrefois, allaient comme cela courir les lendemains de Sainte-Barbe et d’arbre de Noël où ceux qui n’étaient pas de garde avaient un peu forcé sur les bonnes choses). Et puis le soleil, la sève du printemps qui monte, les cellules sur-rechargées par une semaine de Mistral provençal, d’odeurs de Sainte-Victoire, la bougeotte quoi. Et qu’il valait peut-être mieux encore bouffer un peu de co2 et particules fines, que de glander toute la matinée entre ordinateur et piano.

Me disais en courant que dans la même gueule de bois, il y avait grosso-modo deux catégories d’amis sur Facebook :

- ceux qui considèrent que le libéralisme que nous annonce Macron est celui qui cultive les inégalités, méprise les gens et fait crever la planète, qu’il est le terreau nourricier sur lequel germe et prospère le FN, qu’il est bien pire que celui de Chirac à l’époque ; que le bonhomme est clairement la marionnette d’intérêts beaucoup plus puissants que lui ; que l’on s’est déjà fait avoir une fois en allant voter avec nos pinces à linge sur le nez, et qu’on ne nous la refera pas deux fois, que tout ça c’est peste et choléra. Et que pour paraphraser Churchill à choisir le déshonneur pour ne pas avoir le FN, on se retrouvera avec à la fois, le déshonneur et le FN. Que le système tourne en rond en se nourrissant de l’épouvantail Le Pen. Et je leur donne entièrement raison.

- ceux qui considèrent que c’est déjà bien assez dur de se réveiller avec Foutriquet en futur président, pour ne pas vouloir se réveiller avec la peste brune, qui n’est pas de même nature ni échelle. Qu’a priori une des différences quand même pas anodine, est que ce ne sont pas les soutiens de Macron qui viendront te faire la tête au carré dans la rue en toute impunité, parce que tu es arabe, homosexuel, juif ou communiste, ou simplement tu as une tête qui ne leur revient pas ; et qu’on ne peut pas laisser les choses se faire en regardant comme les vaches regardent passer le train. Et je leur donne, aussi, entièrement raison.

M’est revenu en mémoire cette étude de texte faite au lycée en première, des « Mains sales » de Sartre (la prof s’appelait Denise Delterme, salut et fraternité, si un moteur de recherche vous amène sur cette page, Madame). Ça tournait autour de cette problématique, aussi vieille que la politique elle-même sans doute. Et ce dialogue gravé dans mes cellules grises, je ne garantis pas l’exactitude :

Hoederer : — Comme tu tiens à ta pureté, mon petits gars ! Tu veux rester pur ? Et bien reste pur ! Comme tu as les mains blanches ! Regarde les miennes : elles sont sales. Je les ai trempées, jusqu’au coude, dans la merde et dans le sang.

Me souviens aussi avoir lu que Sartre expliquait avoir écrit sa pièce avec en tête le point de vue de Hugo (rester pur) mais qu’avec l’âge, il avait évolué vers celui d’Hoederer (se salir les mains).

Me disais, en courant, donc, fièrement dans mes chaussures rouges, et mon sweat rouge (et fier pour la première fois, de porter ces couleurs) qu’on n’allait pas se prendre le chou avec ces questions cette fois, parce que la marge de manœuvre est très certainement assez grande, pour que ceux qui se considèrent investis de la mission sacrée, de se mettre les mains dans la merde, permettent à ceux qui veulent garder leur virginité, de la garder. Et que l’on s’épargne réciproquement injonctions et leçons de morale.

Qu’en ce qui me concerne, dix ans de bottes comme pompier volontaires, qui furent une fantastique école de vie, ont eu pour effet sur moi de ne plus avoir peur de voir ni tripoter des cadavres, ni de me foutre les mains dans la merde et dans le sang, moyennant que ce soit pour une cause (supposément) juste, de mettre des gants avant, et de me laver les mains après.

Que certes Macron est l’exacte synthèse de ce que j’ai détesté à la fois chez Sarkozy puis Hollande, avec en plus ses défauts propres. Mais à l’image de la pince à linge chiraquienne, je préfère celle du bulletin de vote hygiénique, en mettant des gants avant (en allant retrouver les copains insoumis dans la rue le premier mai par exemple), pour torcher le pays de cette grosse merde brunâtre qu’elle traîne au cul, sans états d’âme. Je vote, elle dégage. Et puis en juin aux législatives on tire la chasse d’eau en grand, et on envoie à l’égout à la fois le papier et le colombin. Un roitelet ridiculisé et incapable de gouverner autrement que par ordonnances : on fera en même temps la preuve que la 5e a vécu.

Et qu’à la limite, il serait possible que plus il soit élu avec un score élevé, genre république bananière, plus il serait clair que les gens n’ont pas voté pour les sacs Vuitton de Madame, ni sa gueule de premier communiant, encore moins son projeeeeeeeeeeeeeet, mais juste pour faire dégager — même temporairement — la merde brune.

Jean-Luc Mélenchon ne sera pas élu président, et ne le sera jamais, la prochaine fois il sera trop vieux. Mais il a assez martelé dans la campagne, qu’il n’y a pas d’homme Providentiel, que c’est à nous de nous prendre en main, et que de toutes façons une fois la 6e République établie il serait rentré à la maison. Et que je sache, ni Jaurès, ni Hugo, n’ont été présidents, et ils ont laissé une autre mémoire dans le pays que les Paul Deschanel ou René Coty.

Les idées sont lancées. Il a été le seul à prendre en compte autant, la nécessité vitale de la transition écologique. Ramené à l’intérêt pour la chose publique, des gens qui n’en avaient rien à foutre, en étaient lassés, dégoûtés. Nous étions 130 000 à la Bastille, des milliers aussi à Toulouse, et Marseille, etc. on va pas rentrer à la maison comme ça et rester à pleurer. Et une fois qu’ils auront bien fêté ça au Fouquet’s ou équivalent, Foutriquet et sa bande, à se féliciter d’avoir écarté le péril fasciste de leurs petits bras musclés, on ne va pas manquer de leur demander des comptes.

« Ce sont vos beaux sourires, vos yeux qui brillent, vos chansons, votre amour pour demain. Le voilà, le matin neuf qui se lève. À vous, jeunes gens, de reprendre la tâche et le flambeau à l’endroit où je vous l’aurais donné et tendu d’une main à l’autre. Allez, on est la France insoumise, maintenant et pour toujours ! »

Ce sont les mots qu’on aurait aimé entendre dès la première fois à la radio hier, et non ceux d’un vieil homme fatigué (mesurer aussi la performance physique et mentale que représente cette campagne) et groggy parce que comme nous tous, il y croyait, et que la déception était à la hauteur des enjeux qui semblaient à portée de main. L’orateur génial pris en flagrant délit, pour une fois, de voix rauque et de défaut de préparation. Mais combien, malgré tout, plus digne que le ridicule discours de remise des prix à l’École des fans, entendu quelques instants après de la bouche du premier de la classe.

« Ce sont vos beaux sourires, vos yeux qui brillent, vos chansons, votre amour pour demain. Le voilà, le matin neuf qui se lève. À vous, jeunes gens, de reprendre la tâche et le flambeau à l’endroit où je vous l’aurais donné et tendu d’une main à l’autre. Allez, on est la France insoumise, maintenant et pour toujours ! »

L’histoire n’est pas finie. Que ceux qui veulent se salir les mains le fassent. Que ceux qui veulent garder les mains propres les gardent propres. La honte ne sera pas sur eux. La honte est, déjà, sur les traîtres, les parjures, les opportunistes, les paltoquets, les poltrons, les chiens de garde. Inutile de les nommer vous les avez vus et pas fini de les voir, à la nausée.

Faut que je vous dise aussi, qu’en rentrant, un SDF assis sur le trottoir, m’a salué d’un Bon courage ! en me regardant courir. N’avais rien sur moi, lui ai juste retourné le compliment, mais ça sera pour la prochaine fois, mon pote. Faudra faire provision parce que vous allez être de plus en plus nombreux et ça sera de plus en plus difficile pour vous, si c’est possible.

Mais quand c’est un gars qui dort à la rue, qui te souhaite Bon courage, comment ne pas tenter d’être à la hauteur ?

« Ce sont vos beaux sourires, vos yeux qui brillent, vos chansons, votre amour pour demain. Le voilà, le matin neuf qui se lève. À vous, jeunes gens, de reprendre la tâche et le flambeau à l’endroit où je vous l’aurais donné et tendu d’une main à l’autre. Allez, on est la France insoumise, maintenant et pour toujours ! »

Rendez-vous demain, allez, courage, les gens. Résistance !