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Le bouquet de violettes

30-04-2017

C’est la faute à Julie Depardieu, qui ce matin était l’invitée de France Musique. Elle avait fait diffuser la chanson L’amour est un bouquet de violettes, de l’opérette Violettes impériales, par Roberto Alagna. Ça se passait en fin de matinée, je glandais devant l’ordinateur et la Plus belle fille du monde vaquait dans la maison (donc pas très loin, parce que le mot n’a pas la même signification en termes d’espace à Montmartre qu’en Charente-Maritime, mais bon, faut que je fasse attention à pas trop insister là-dessus vis-à-vis des Parisiens qui pourraient me lire, parce qu’avec 60m2 pour deux, on a la chance d’être bien, et grandement logés, à Paris). Je vous mets ici la version Mariano comme référence et parce que celle d’Alagna sur Youtube n’est pas intégrable dans le blog.

J’ai entendu cette chanson avec plaisir à double titre, parce que Roberto Alagna est un prodigieux chanteur, doublé d’un artiste au parcours assez exceptionnel ; que quoi qu’il chante, c’est toujours aussi beau. Qu’il a justement ramené à la lumière ce répertoire un peu désuet et kitch(issime) des opérettes de Luis Mariano (et plus récemment de chanson sicilienne et napolitaine), mais toujours avec cet entrain et cette sincérité dans la voix qui fond qu’on adhère à fond. Du moins je, même si je n’écoute pas ça tous les matins en me rasant.

Et puis parce que cette chanson, il m’est revenu que c’était un des tubes de ma grand-mère, qui chantait tout le temps, comme celle de François Béranger — à l’opposé à la fois de la voix d’or de Mariano, et des textes cucu de Francis Lopez, gare au contraste mais attention, chef d’œuvre :

J’ai donc eu aussitôt le bouquet de violettes dans la tête, à tourner en boucle (les enfants appellent ça se faire petitbonhommenmoussifier — la chanson débile dont tu peux plus te défaire) et m’en suis ouvert à la Plus belle fille du monde :

— Je ne connais pas, chante
— L’aaaaaaaamouuuuuuuurrrrrrr, est un bouuuuuuuuqueeeeeeet de violeeeeeeetttteuhhhhhh... (je suis pas Roberto Alagna, ni Luis Mariano, moi, hein, j’aurais un peu la souplesse vocale de Félix Leclerc, avec le timbre d’Adamo).
— Ah, arrête ! J’ai horreur de ces vieux trucs, c’est malin, maintenant je l’ai dans la tête, chante moi vite autre chose !

J’ai essayé sans conviction de lui fredonner Loch Lomond, une rengaine écossaise qui marche bien quand on veut se dé-petibonhommenmoussifier en se re-petitbonhommenmoussifiant avec autre chose, mais ça n’a pas eu grand succès parce que je chante beaucoup ça aussi en ce moment. Bref.

Un peu frustré du manque d’enthousiasme luismarianien de ma Belle, m’en suis allé sur Wikipedia quérir des informations sur ladite opérette.

Où j’ai appris qu’en fait la chanson reprise par Alagna était tirée d’un film musical de 1952 signé Francis Lopez pour la musique, (gros faiseur de tubes sur mesures pour Mariano), reprenant l’argument d’une opérette scénique sortie quatre ans plus tôt de Vincent Scotto, créée par Marcel Merkes et Paulette Merval ; cette opérette étant elle-même inspirée d’un film éponyme, lui-même remake d’un film muet re-éponyme. Ça vient de loin tout ça.

J’ai tilté sur les noms de Merkes et Merval, parce que ne suis pas un spécialiste de l’opérette loin de là, ni même spécialement amateur ; mais ce sont des noms et des visages que je connaissais parce que sur leur fin de carrière ils passaient quand même encore de temps en temps à la télé les dimanches après-midi d’avant Drucker (c’est dire), dans le genre old school un peu comme Tino Rossi, pas le genre de truc qu’on restait devant à écouter mais ça faisait partie du paysage, à l’époque on voyait de l’opérette à la télé. J’avais en souvenir l’élégance un peu raide, le sourire et de la brillantine de Marcel Merkes. Et qu’elle me paraissait petite et fluette à côté de lui (ils formaient aussi un couple à la ville).

On trouve d’autres vidéos plus récentes du couple vieilli, alourdi, teint et tenant par le maquillage dans La chance aux chansons... mais à quoi bon se faire du mal ?

Je ne vous aurais pas raconté tout ça si après le déjeuner (aubergine farcie, puis un éclair au chocolat), j’ai senti tel Gai-Luron, une lourde torpeur s’abattre sur moi. Me suis allongé sur le canapé sous une couverture pendant que la Plus belle fille du monde s’escrimait avec le piano dans le Petit livre d’Anna Magdalena Bach. Le piano juste à côté ça ne m’a jamais empêché de m’endormir ; j’ai sombré rapidement dans une de ces siestes lourdes, profondes, abyssales, dont on n’arrive pas à sortir ensuite avant la fin de l’après-midi quand il fait presque sombre et que le vent se lève.

Et dans mes rêves pendant toute la durée de la sieste, tournaient sans fin les noms de Marcel Merkes, Paulette Merval, Marcel Merval, Paulette Merkes, Marcel Paulette, Mekes, Merval, sans fin, sans fin, sans fin, avec l’image d’un couple valsant sans fin, sans fin, sans fin, sur le bouquet de violettes par Roberto Alagna.

Quand j’ai fini par émerger de la couverture elle m’a dit : « Ben dis-donc, tu reviens de loin, toi ». Ou un truc comme ça j’ai pas bien entendu ni compris en fait, j’ai fait groumpf.

P.-S.

Sur Roberto Alagna, écouter cette passionnante série d’entretiens

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