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La tentation de Malte

07-05-2007

Un noeud sur l’estomac depuis hier soir, qui décidément ne passe pas.

Pourtant cinq ans il faudra bien s’y faire, et forcément il y aura à nouveau du soleil, des bains dans la mer et des éclats de rire des enfants. Mais on n’en est pas encore là, pour l’instant c’est le piano qui console le mieux, les fugues de Bach jouées très, très lentement parce que plus vite je me plante et qu’on s’y absorbe, s’y immerge davantage peut-être de cette façon, ça aide à calmer la pensée et tenir en respect les idées noires.

Lu dans ce soir dans le Monde, sous la plume de Philippe Ridet « qu’une grande partie des électeurs ont exprimé une forme de ras-le-bol vis-à-vis du magistère moral qu’exercent la gauche, les artistes et les intellectuels en France depuis 1968. Les images de people venant défendre les expulsés de Cachan, par exemple, ou voler au secours des SDF du canal Saint-Martin, ont, selon moi, profondément exaspéré une partie du petit peuple de droite. »

Je ne peux pas m’empêcher de penser à certains souvenirs des manuels d’histoire, qu’évoque cette haine des intellectuels et de la culture.

Personnellement je trouve plutôt sympathique que des artistes mettent leur notoriété et plus encore leur art, au service des causes qu’ils estiment justes (Rostropovitch en était un bel exemple). Reste à savoir si la motivation est sincère et durable ou juste de circonstance ; appuyée par une réflexion ou juste démonstration de charité bien pensante ; au pire tentative de relance d’une carrière en panne. Et s’il s’agit d’artistes ou de seulement de people, ce qui n’est pas tout à fait la même chose.

Indépendamment de toute considération politique, j’ai une considération toute différente pour Jacques Higelin, Emmanuelle Béart, ou Jane Birkin, que pour Doc Gynéco, Gilbert Montagné, Enrico Macias et Mireille Mathieu. Sans parler de l’inénarrable Johnny Optic 2000 (qui a la triple excuse de ne pas y voir clair, et d’être lui-même une sorte de SDF et sans papiers, le pauvre).

En ceci, oui, je diffère sans doute du « petit peuple de droite » et le revendique.

Voilà donc l’entourage de notre nouveau président, les nouvelles idoles des jeunes UMP et ça nous promet des jours radieux pour le rayonnement culturel de la France. On attend avec impatience les prochaines émissions de Drucker, que je verrais bien en ministre de la culture. [1]

Enfin ça n’est pas cela que je voulais vous narrer ce soir. En 1981, mon père, qui était de la France qui se lève tôt et à ma connaissance votait toujours à droite [2], avait aussi peu digéré l’élection de Mitterrand que moi celle de Sarkozy. Son truc à lui, c’était l’exil sur l’île de Malte, où il voulait s’installer réparateur de vélos, torse nu avec un short noir pour tout bagage. Il ne l’a jamais fait mais hier soir j’ai eu moi aussi la tentation de Malte. Le hic, c’est que je suis nul en mécanique, même de vélos, et que je l’ai même en horreur. Mais à la limite j’aurais pu me mettre accordeur de pianos ou facteur d’orgues, je n’y connais rien non plus mais ça j’aurais aimé.

Donc exit Malte.

Et ce soir, je découvre, donc, que Sarkozy est justement parti à Malte (en jet privé, on ne sait pas prêté par qui, en remerciement de quoi et merci pour le réchauffement de la planète). Un peu de plus, on s’y croisait, en espadrilles sur le port, et franchement qu’est-ce qu’on aurait pu se dire ; surtout que torse nu en short noir je ne me serais pas senti à l’aise.

Finalement, on a bien fait de rester.

Si toutefois la tentation de Malte le saisissait aussi, au point de prendre la place du père, là-bas, réparateur de vélos, je peux fournir le costume et la caisse à outils.

Pas un montage, juste capture du site france3.fr

Notes

[1Pour être juste aux côtés de Ségolène il y avait aussi la vieille mère maquerelle des Miss France, un comble aux côtés d’une candidate féministe, et Renaud, le chanteur énervant, que je n’apprécie pas trop non plus ; mais entre une soirée avec Renaud ou Mireille Mathieu, mon choix serait vite fait, avec Renaud au moins on pourrait causer et il y aurait à boire. Quant à passer un tête à tête avec Madâââââme de Fontenay, je préfère ne pas l’imaginer, plutôt avec Otzi.

[2Sauf une fois ou deux, pour un député communiste qu’il tenait en estime.