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OPA

16-05-2007

Marrant, comment les premières paroles, le premier geste de notre nouveau Président, sont pour la dernière lettre d’un jeune résistant communiste, fils de député communiste.

Moi il m’avait semblé que tous ses discours jusqu’à présent étaient plutôt marqués par les idées de Travail, Famille, Patrie, la dynamique du fric roi et du pousse-toi de là que je m’y mette, que par les rêves du pauvre gosse.

Il est vrai qu’on a désormais un vrai manager, que notre vieux pays traumatisé va enfin être géré comme une entreprise, par un avocat d’affaires qui s’y connait en OPA.

L’OPA sur les électeurs FN était prévue, c’est de bonne guerre, qui se ressemble s’assemble.

L’OPA sur le MEDEF allait de soi.

L’OPA sur les classes populaires est à saluer comme beau travail de communication, pour rendre crédible aux yeux de celles-ci, le maire de de Neuilly, ami des plus grandes fortunes. OPA facilitée par une belle illustration, en face, de la théorie du chaos, et aussi parce que le populaire aimerait bien aussi, voyager en jet et boire des scotchs avec des top-models, sur le yacht d’un people quelconque. Enfin c’est l’impression que me donne la vitrine de la Maison de la presse, quand je passe devant (parce que je lis les journaux sur écran, et qu’il y a lurette que je n’achète plus de magazine, sauf Télérama auquel on est abonnés comme au gaz et l’électricité).

L’OPA sur les syndicats peut être portée au crédit de la bonne volonté avec le bénéfice du doute. Mais bon... à suivre.

L’OPA sur Kouchner et Allègre ne me surprend pas vraiment, et me gêne encore moins. Ils étaient au chôm’du les pauvres, comme leur pote Tapie, et ça devait peser sur le train de vie. Ils feront très bien dans le paysage Sarkozique, et ça m’aurait bien plus ennuyé de voir ces deux-là aux côtés de Royal, pour laquelle on conserve un peu d’estime, avec le bénéfice du doute aussi. Et puis, sans doute, le bonhomme Delors n’aurait pas accepté (enfin je l’espère).

Mais l’OPA sur la mort d’un gosse de 17 ans, non. La fonction présidentielle confère peut-être une dignité permettant d’évoquer les grandes figures du pays, même celles dont on est assurément politiquement le plus loin... Encore faut-il avoir gagné quelque épaisseur, quelques galons de crédibilité dans cette fonction, ce qui une heure après la remise des clés de la bombinette et une semaine après l’escapade aux frais de Bolloré n’est pas particulièrement évident. On ne passe pas comme ça, d’un claquement de doigts, de Johnny à Guy Môquet, du Fouquet’s au groupe Manouchian. Ceux qui croient à un quelconque miracle républicain me semblent de bien grands naïfs.

Mais je dois avoir mauvais esprit. On va dire ou penser peut-être que je suis de ces gens de gauche qui ne digèrent pas la défaite et n’acceptent pas que d’autres, aient d’autres idées.

Jusqu’ici en fait, je ne m’étais jamais senti vraiment, de gauche ou de droite, partant du principe qu’au-dessus, et en-dessous, il y a aussi de l’espace.

Mais s’il faut, pour ne pas être de cette droite-là, être de gauche, alors oui, je veux bien en être. Surtout maintenant qu’elle est débarrassée, la gauche, de Tapie, Allègre et Kouchner. Si BHL pouvait aussi rejoindre le petit Nicolas, et qu’elle nous propose autre chose que le spectacle assez répugnant aussi, des querelles de pouvoir et des ambitions déçues, on pourrait presque y croire.

Finalement, non, c’est pas marrant tout ça. Du tout.