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Comment ne pas vendre sa guitare

01-06-2007

J’en ai un peu marre de parler politique au Café du Commerce.

D’abord, parce que je n’en parle que lorsque ça me chauffe vraiment, alors qu’a priori ça n’est pas ce qui me passionne le plus dans l’existence.

Ensuite, parce que tous, ils font rien qu’à me copier. Sarkozy sur le yacht de Bolloré ? J’en parle avant tout le monde (sauf une brève dans Libé, où je l’avais appris), le lendemain tous les journaux ne parlent que de ça. Guy Môquet ? Polémique dès le lendemain. Le portrait de Sarko ? Tout le monde reconnait que c’est une bien mauvaise photo. Après moi... Donc j’arrête de parler politique ; je vais plutôt vous parler de ma guitare, il y a moins de risque que Le Monde ou Libé reprennent l’info demain.

J’ai une belle guitare, une Ovation. Enfin, presque une Ovation, disons une copie made in Korea. Parce que j’ai toujours eu (enfin, depuis la première fois que j’ai vu la guitare de Marcel Dadi, puis celle d’Angelo Branduardi) le béguin pour le son, et le look, des guitares Ovation. Mais, ne sachant pas jouer de guitare, et n’ayant pas trop les moyens d’une Ovation, je me suis offert début 2000, une guitare de marque Applause, la gamme économique d’Ovation à l’époque. Et aussi parce que se pavaner avec une Ovation US authentique quand on ne connait que les accords de Département 26 et Girl from the North Country, c’est un peu comme ces types qui ont un Steinway dans leur salon, et ne savent jouer que la Lettre à Élise (il paraît que c’est l’essentiel, quantitativement parlant, de la clientèle Steinway).

Depuis j’ai enrichi mon répertoire, je joue aussi la Fiera dell’est, et Knockin’ on Heaven’s Door, qui utilisent à peu près les mêmes accords que les chansons précédemment citées. Notez que je me suis tout de même offert un recueil de partoches de Django, et sérieusement potassé Nuages pendant au moins une semaine. Mais je suis vite revenu à Girl from the North Country...

Mon problème à moi, ça n’est pas tant de savoir, ou ne pas savoir, jouer de la guitare, ou autre instrument, que la tendance compulsive à l’achat inconsidéré de nouveaux instruments, dont je ne sais pas plus jouer. Un genre de collectionnite. Le problème, est que pour financer ces achats, je dois revendre les précédents. J’ai donc revendu comme ça un merveilleux piano Fender Rhodes (je m’en mords les doigts jusqu’au poignet tous les jours), trois hautbois (dont un baroque), un non moins épatant orgue Éminent, un médiocre piano coréen (remplacé par le merveilleux Pleyel demi-queue de 1907), et quelques autres claviers électriques, amplis, cabines à son tournant et autres que j’ai oubliés. Mais jusqu’ici, jamais la guitare.

Seulement voilà : la guitare ne sort presque jamais de son étui. Je joue plutôt des claviers, ou de la basse qui n’a que quatre cordes et sur laquelle on ne joue qu’une note à la fois. C’est moins pratique pour nasiller Knockin’ on heaven’s Door, mais plus facile que les accords barrés ou Nuages sur la guitare. Et puis depuis quelques temps, j’ai une furieuse envie, un besoin difficile à réprimer, d’essayer de jouer du Theremin, un instrument réputé affreusement difficile, mais qui bien joué, est épatant. Première étape, avant peut-être un jour, un Ondéa... Mais voilà, presque 400 euros un Moog, pas dans mes moyens pour le moment... D’où, peut-être, qu’en vendant la guitare...

C’est pas la première tentative. La dernière fois, c’était il y a un an, pour me payer le deuxième clavier de l’orgue numérique. Un type avait appelé, il était intéressé, voulait voir la guitare. Je l’avais donc soigneusement astiquée, qu’elle se présente sous son meilleur jour... Forcément je n’ai pas pu m’empêcher de gratter Girl from the North Country, et j’ai rappelé le gars en lui disant que non, désolé, finalement je ne pouvais la vendre, je n’étais pas prêt.

Cette fois, j’étais bien décidé. Cette guitare, c’est idiot de la garder. Je ne sais pas, je ne saurai jamais en jouer. Et puis le Theremin n’a pas de cordes qui font mal aux doigts, on n’y fait qu’une note à la fois. Et puis c’est bien plus original, en société, de se dire joueur de Theremin, que simple gratteux.

J’ai donc à nouveau astiqué la guitare, photographiée sous toutes ses coutures, et mis l’annonce sur Ebay. Et puis une heure après, avant qu’on me téléphone ou demande d’autres précisions, j’ai annulé l’annonce (tant pis pour les frais !) et remonté la guitare dans le cagibi à musique jusqu’à la prochaine fois. Faut se faire une raison, cette guitare je n’arriverai pas à la vendre. Comme les Nikon mécaniques et l’agrandisseur : ça ne servira sans doute jamais plus jamais... mais c’est des objets qu’on a dans la peau et s’en séparer c’est comme s’amputer d’une partie de soi.

Et pour le Theremin, ben on verra plus tard.

P.-S.

En effectuant quelques recherches sur You Tube pour cet article, je suis étonné de voir combien la musique de Dadi, de Dylan, de Béranger même, a bien vieilli, au contraire de celle du pourtant sympathique Angelo Branduardi dont j’étais à 17 an un véritable fan, et aujourd’hui complètement oublié... je suis incapable de le réécouter aujourd’hui.

Epilogue 1 : la guitare a quand même été vendue l’année suivante, pour payer un appareil photo cette fois. Elle appartient maintenant à l’orchestre du collège de Jonzac, à qui l’on souhaite beaucoup de plaisir avec.

Épilogue 2 : Deux ans, trois ans plus tard... Je me suis racheté une belle Ovation !