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Monty sans python

06-06-2007

C’est un collègue que je ne connaissais pas vraiment, jusqu’au jour où il m’a annoncé qu’il prenait sa retraite le mois prochain.

Moi, qui suis un p’tit gars bien élevé, et aime bien m’intéresser à la vie des gens, je lui demandé s’il ne va pas s’ennnuyer, et quels sont ses projets pour sa retraite (c’est dire si j’ai de l’audace, de l’originalité, et de l’impertinence, dans mes questions).

Je vois les yeux du type briller, et me dire que non, il ne risque pas de s’ennuyer, parce que fan de jazz, et qu’il a aménagé chez lui un vieux chai, en salle de concert. Il y reçoit l’été des musiciens lors de soirées où il invite des copains mordus comme lui, de jazz, ou d’amitié, ou les deux. Parti avec des zicos amateurs, il est arrivé de fil en aiguille à convaincre de venir jouer dans son chai, des pointures comme Riccardo Del Fra.

Mes yeux aussi ont dû se mettre à briller, parce que j’aime aussi le jazz, un peu comme j’aime le vin : pas vraiment en connaisseur, mais en amateur, qui apprécie quand c’est bon, sans forcément être capable mettre des mots ou des noms sur les arômes ou les notes. Évidemment je peux reconnaître dans la seconde Billie, Miles ou Coltrane, comme différencier un Bordeaux d’un Beaujolais, mais mes connaissances jazzistiques comme oenologiques ne vont pas beaucoup plus loin.

Mais plus encore que le jazz, j’aime les hurluberlus, surtout quand ils sont humbles, généreux et passionnés. Comme mes amis de l’été dernier, Joël le joueur de B3 et son épouse Cathy chanteuse de jazz, Serge l’éleveur d’autruches, Fifi le camionneur qui rêve de mettre les voiles. J’aime bien collectionner ces doux dingues, et je venais d’en ajouter une belle pièce à ma collection. Celle-ci se prénomme Christian.

Autant vous dire que me suis fait inviter à sa prochaine grange-party. C’était samedi. Sur les murs du chai, deux grands panneaux sur Bernard Moitessier, avec ce qui pourrait être la devise du maître des lieux « Tout ce que les hommes ont fait de beau et de bien, ils l’ont construit avec leurs rêves... » Bref Moitessier étant aussi un personnage cher à mon coeur, et mon propre fournisseur de devise aussi, on était presque en famille. Côté musique, le guitariste Yves Brouqui, l’organiste Florent Gac et le batteur... crotte, oublié le nom du batteur. Belle soirée, bons musiciens, et public chaleureux, chacun ayant apporté bouteille et casse-croute à partager pour l’entr’acte. Une survivance, peut-être, de mai 68, oserai-je un acte de résistance ?

Le lendemain, rebelote, parce que le copain avait réussi à toper, entre deux avions, le pianiste Monty Alexander.

À ma grande honte, je crois bien que je n’avais jamais entendu parler de Monty Alexander auparavant. Mais confiance à Christian, ça devait être un évènement, surtout que son village de 200 habitants ne voit pas si souvent passer de pianistes américano-jamaicains.

Autant vous dire tout de suite, les petits extraits You Tube ne rendent pas vraiment une bonne idée, du talent de Monty. C’est avant tout un toucher de piano d’une extraordinaire délicatesse (il faut dire aussi que Gérard Fauvin est de la bande à Christian et avait amené un Steinway que ma foi, j’adopterais bien). Et c’est aussi, un fantastique harmoniste. Bassiste et batteur à la hauteur du pianiste : plus encore que des musiciens, des magiciens.

Je ne tenterai pas de mettre plus de mots sur la musique de Monty Alexander. Les extraits de Youtube peuvent en donner une idée, comme une carte postale le fait d’un paysage, mais pas davantage.

Deux heures de bonheur, sans pause (pour cause d’avion à prendre). J’étais avec le beau-père qui prétend n’aimer que le jazz New Orleans mais là buvait du petit lait (dissimulé ce soir-là, sous sa chaise, dans une bouteille de Cahors 2003). Triple standing ovation à la fin, Moitessier a dû jubiler aussi.

Voilà. C’était juste un petit hommage à Monty Alexander, en guise de remerciement à Christian et son épouse. Pour l’année prochaine, j’aimerais bien Joe Sample et Randy Crawford. Maintenant que tu es presque en retraite, mon Christian, tu vas avoir le temps, de prendre les contacts ?

Salut, et fraternité.