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Serpillière swing

06-08-2007

Parmi les plaisirs et privilèges de l’été et des vacances, outre le temps pour soi, les apéros avec les copains, le relâchement dans la lecture des journaux et donc l’illusion précaire mais précieuse, que l’on vivrait dans un pays où les préoccupations majeures seraient l’heure de la marée haute et celle de la promenade du chien, il y a le ménage.

Non pas que l’on ne fasse pas le ménage le reste de l’année. Disons plutôt, que je fais rarement le ménage. Le reste du temps, c’est Madame qui s’en charge, ce qui lui permet de revendiquer fièrement son statut de mère au foyer belle et rebelle, et de passer le reste de son temps vautrée sur le canapé, à regarder des feuilletons débiles à la télé, tout en s’empiffrant de gâteaux et de milk-shake et en téléphonant pendant des plombes avec ses copines. Pour cela, qu’elle préfère la dénomination de mère au foyer à celle de sans emploi ;-)

Mais pendant les vacances je n’y coupe pas, l’aspirateur et la serpillière c’est pour ma pomme.

Longtemps j’ai considéré cela comme une corvée assez pénible. Une longue fréquentation de l’hyposulfite et l’hydroquinone m’avait de plus rendu allergique à la fois aux produits d’entretien et aux gants de caoutchouc, ce qui ne rendait pas la chose plus agréable. Mais c’est du passé, plus d’allergie, plus d’excuse.

Donc, aspirateur et serpillière. De l’aspi, je ne suis toujours pas fan. Par contre, j’aime bien la serpillière. D’abord, parce que ça signifie qu’on a fini l’aspirateur, et donc bientôt fini tout court. Et puis surtout, parce que je me suis fait une serpillo-thérapie, que je recommande à tous ceux qui n’auraient pas encore saisi tout le bonheur que l’on peut trouver, à passer la serpillière.

Vous avez sans doute souvenance de la façon dont le héros d’Orange mécanique est conditionné à souffrir atrocement, dès qu’il entend la 9e symphonie de Beethoven. J’ai eu étant gosse, un fox-terrier, qui dansait sur place en jappant dès qu’il entendait les premières notes du Gollywogg’s
Cake Walk
de Debussy, parce qu’il savait que c’était le signal de la ballade.

La musique peut donc aussi bien nous mettre dans des états agréables, ou pénibles. Donc, la serpillo-thérapie consiste, à rendre agréable un moment assez ennuyeux et banal, par l’écoute de musique. Du jazz, de préférence, gai et entraînant. Pas du Coltrane, même si je l’aime bien aussi, pas du blues, pas Billie, trop mélancoliques, mais des bons vieux standards, par Satchmo, Duke, Ella ou Jimmy (Smith).

Passer la serpillière devient alors un vrai moment de plaisir : d’abord, choisir le CD. Ce matin, un vieux Grapelli de derrière les fagots. Attaquer le salon avec Satin Doll, la salle de bains avec Girl from Ipanema, un chorus d’orgue Eddy Louiss dans la salle à manger, et Mack the Knife à la cuisine. Le balai swingue, la since comme on dit ici, voltige, à la fin du CD c’est fini et c’est propre. La petite trouve généralement à redire que j’en ai oublié des coins par-ci par-là et qu’il reste du sable ou des poils de chien, mais pas ma faute à moi : ça vole, ces trucs-là, et ça se redépose.